Œuvre

Le vieil homme et la mer (1952)

On était à présent dans la saison des ouragans; quand il n'y a pas d'ouragan en train, c'est le plus beau temps de l'année.
Ca m'empêchera pas de le tuer, dit-il; tout superbe et formidable qu'il soit.
Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu.
Il embrassa la mer d'un regard et se rendit compte de l'infinie solitude où il se trouvait.
La veine, c'est quelque chose qui se ressemble jamais deux fois de suite. Bien malin qui la reconnaît.
Dans la cabane, là-bas, tout en haut, le vieux s'était endormi. Il gisait toujours sur le ventre. Le gamin, assis à côté de lui, le regardait dormir. Le vieux rêvait de lions.
Il ne rêvait plus jamais de tempête, ni de femmes, ni de grands événements... Il ne rêvait que de paysages et de lions au bord de la Mer...
Le poisson, la mort dans le ventre, revint à la vie. Dans un ultime déploiement de beauté et de puissance ce géant fit un bond fantastique. Pendant un instant, il resta comme suspendu en l'air au-dessus du vieil homme et de la barque.
On devrait jamais rester seul quand on est vieux, pensa-t-il. Mais c'est inévitable.
Ce que ça peut être facile, les choses, quand on a perdu, pensa-t-il. J'aurais jamais cru que c'était si facile.
Les premières étoiles se montraient. Bientôt toutes ses amies lointaines parsèmeraient le ciel. Le poisson aussi est mon ami, dit-il tout haut. Pourtant faut que je le tue. Heureusement qu'on est pas obligé de tuer les étoiles !
Mais un homme ne doit jamais s'avouer vaincu, dit t-il.
Pourquoi que les vieux se réveillent tôt ? C'est-y pour avoir des jours plus longs ?
On était à présent dans la saison des ouragans quand il n'y a pas d'ouragan en train, c'est le plus beau temps de l'année.
Ca m'empêchera pas de le tuer, dit-il tout superbe et formidable qu'il soit.
Allez, manges-en encore un petit coup, dit-il. Mange, mon gros ! Manges-en jusqu'à ce que la pointe de l'hameçon te rentre dans le coeur et que tu en crève !
Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.