Œuvre
Le Roman de la momie (1856)
L'amour n'est pas le même sous les chaudes régions qu'embrase un vent de feu, qu'aux rives hyperborées d'où le calme descend du ciel avec les frimas.
Une bouffée d'air brûlant s'échappa de l'ouverture sombre.
Ton chant m'énerve, m'alanguit, et me ferait tourner la tête comme un parfum trop fort.
Par les quais coulait un fleuve d'êtres humains se dirigeant vers le Nil. La variété la plus étrange bariolait cette multitude.
N'entends-tu pas déjà mille rumeurs bourdonner confusément dans la cité qui sort de sa torpeur méridienne?
Parfois, malgré les précautions, les bateaux se choquaient et les mariniers échangeaient des injures.
Quelle âme inquiète veillait, lorsque tout dormait autour d'elle?
Le corps n'avait pas été englué et durci dans ce bitume noir qui pétrifie les cadavres vulgaires et tout l'art des embaumeurs, anciens habitants des Mémnonia, semblait s'être épuisé à conserver cette dépouille précieuse.
D'innombrales étoiles, dont les scintillations tremblaient confusément dans l'eau du Nil.
Quelle est la femme, si parfaite qu'elle soit, qui n'ait pas de vanité ?
L'homme à qui les dieux ont fait le don de la beauté s'imagine aisément que toutes les femmes se prennent d'amour pour lui.