Œuvre

Le Rivage des Syrtes (1951)

Une extraordinaire enfance semblait sourdre sur ses traits de toutes les meurtrissures creusées par la fatigue et l’insomnie, et un sentiment exalté de victoire m’envahit soudain : ce visage que j’emportais dans mon songe vivait comme il n’avait jamais vécu.
Quand on ne peut plus soulever ce qu’on a fait, voilà le couvercle de la tombe.
Je me sentais de la race de ces veilleurs chez qui l’attente interminablement déçue alimente à ses sources puissantes la certitude de l’événement.
Une femme qui a porté un enfant sait cela : qu’il peut arriver qu’on veuille – on ne sait qui, on ne sait vraiment pas qui – quelque chose à travers elle, et que c’est effrayant, et profondément reposant...
Ma vie m’apparut irréparablement creuse, le terrain même sur lequel j’avais si négligemment bâti s’effondrait sous mes pieds.