Auteur

Julien Gracq

Il y a des stylistes en gros et en détail: Balzac est un styliste en gros.
Quand il n'est pas songe, et, comme tel, parfaitement établi dans sa vérité, le roman est mensonge ...
Quand on légifère dans la littérature, il faut avoir au moins la courtoisie et la prudence de dire aux oeuvres «Après vous...»
C'est par ses admirations surtout que le symbolisme a été grand. Il a mis presque tout son génie à choisir ses patronages.
Notre idée de l'immortalité, ce n'est guère que la permission pour quelques-uns de continuer à vieillir un peu une fois morts.
Que j'aimerais ... qu'on serve les fatalités de sa nature avec intelligence: il n'y a pas d'autre génie.
Le monde fleurit par ceux qui cèdent à la tentation.
La vérité flâne derrière le mensonge.
Cette chose plus compliquée et plus confondante que l'harmonnie des sphères: un couple.
Cette divination stupéfiante de la femme amoureuse qui comprend tout de l'homme, sauf l'érection.
Les grandes religions monothéistes, Israël comme l'Islam, ont jeté les images au feu et n'ont gardé que le livre. La parole est éveil, appel au dépassement; la figure figement, fascination.
Le texte certifiait le caractère pacifique du porteur et, en l'accréditant, priait expressément qu'on lui accordât les égards et le traitement officiel réservés aux parlementaires de guerre.
Rien n'était vacant et ouvert, accueillant au piéton comme les routes de la France occupée.
Le sommeil d'une femme qu'on regarde intensément conjure autour d'elle une innocence, une sécurité presque démente: il m'a toujours paru inconcevable de s'abandonner ainsi les yeux fermés à des yeux ouverts.
La jeunesse d'Allan a été entourée certainement d'une prodigalité de luxe, de ce luxe aéré, capricieux, un peu irréel.
L'odeur apéritive de liesse et de vacances, qu'est pour moi depuis l'enfance l'odeur de la résine.
Nous établissions nos quartiers dans un petit bar de la plage. On y déjeunait sans apprêts à midi sur le sable, à l'ombre d'un grêle parasol.
Le coeur de Nantes battra toujours pour moi avec les coups de timbre métalliques des vieux tramways jaunes virant devant l'aubette de la place du Commerce ...
J'appris par les journaux qu'un bolide avait traversé le ciel de la Loire et semblait s'être abîmé à une centaine de kilomètres en mer.
Un nouveau clivage social prenait vie sous son regard.
Une lueur froide et minérale décapait les contours des arêtes de pierre dure.
Marseille, sous les pluies froides de ce printemps de 1941, était comme une correspondance de métro à six heures du soir, où chacun hâtait le pas à travers les rues encombrées vers sa filière personnelle.
Le cyprès: intrusion sévère, violemment protestataire, de l'univers des solides parmi la folle agitation féminine, hystérique, des feuilles et des vergettes à chaque instant mises en émoi par le vent.
La direction du souterrain que coupaient à chaque instant des coudes brusques les désorienta très vite complètement.
Vous connaissez ces devinettes enfantines où une silhouette se dissimule dans les branches d'un arbre, les fissures d'un rocher, qu'on cherche à découvrir.

Œuvres de Julien Gracq

Au château d'Argol (1939)Carnets du grand chemin (1992)Cité par Georges Perros dans Papiers collés (1979), II.En lisant, en écrivant (1981)La Presqu'île (1970), Le roi CophetuaLe Rivage des Syrtes (1951)LettrinesLettrines I (1967)Lettrines II (1974)PréférencesUn beau ténébreux (1945)