Œuvre

Le Lièvre de Patagonie (2009)

L'assimilation est aussi une destruction, un triomphe de l'oubli.
Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas.
Je n'aurais jamais pu consacrer douze années de ma vie à accomplir une oeuvre comme "Shoah" si j'avais été moi-même déporté. Ce sont là des mystères, ce n'en sont peut-être pas. Il n'y a pas de création véritable sans opacité, le créateur n'a pas à être transparent à soi-même.
On ne peut pas tout de suite écrire, changer en un livre la matière de sa vie, ce qui est souvent le défaut des professionnels de la littérature.
J'aime les lièvres, je les respecte, ce sont des animaux nobles... S'il y a une vérité de la métempsychose et si on me donnait le choix, c'est, sans hésitation aucune, en lièvre que je voudrais revivre.
J'étais un homme des mûrissements longs, je n'avais pas peur de l'écoulement du temps, quelque chose m'assurait que mon existence atteindrait sa pleine fécondité quand elle entrerait dans sa deuxième moitié.
J'ai travaille à ces articles ou à mes films de la même façon : enquêter à fond, me mettre entre parenthèses, m'oublier entièrement, entrer dans les raisons et déraisons, dans les mensonges et les silences de ceux que je veux peindre ou que j'interroge, jusqu'à atteindre un état d'hypervigilance hallucinée et précise qui est pour moi la formule même de l'imaginaire.
On reconnaît, paraît-il, les chefs à leur capacité meurtrière, on les appelle des « décideurs », on les paie pour cela très cher.
Israël était passé pour moi dans le domaine privé, le plus intime en vérité: les questions que cette jeune nation suscitait, celles qu'elle me contraignait à affronter me regardaient d'abord et j'éprouvais qu'il y aurait quelque chose d'obscène à les exposer au grand jour de la publicité.