J'aime les lièvres, je les respecte, ce sont des animaux nobles... S'il y a une vérité de la métempsychose et si on me donnait le choix, c'est, sans hésitation aucune, en lièvre que je voudrais revivre.
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L'assimilation est aussi une destruction, un triomphe de l'oubli.
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À lire aussi de Claude Lanzmann
J'étais un homme des mûrissements longs, je n'avais pas peur de l'écoulement du temps, quelque chose m'assurait que mon existence atteindrait sa pleine fécondité quand elle entrerait dans sa deuxième moitié.
On mourait de faim en Israël à l'époque, c'était ce qu'ils appelaient la tsena, l'austérité. Il n'y avait rien à manger, j'ai vécu dans la faim permanente. Il n'y avait ni argent ni nourriture."
Shoah ce n'est pas un film sur la survie, pas du tout, c'est un film sur la mort, sur la radicalité de la mort dans les chambres à gaz et ces protagonistes-là je ne les appelle pas des survivants, aucun d'eux n'aurait jamais dû survivre. S'ils l'ont fait c'est par un concours extraordinaire d'audace, de courage et de chance : je les appelle des revenants. Ils reviennent pratiquement d'au-delà du seuil du crématoire et ils sont dans le film des porte-paroles des morts. Ils ne disent pas "je", ils ne racontent pas leur histoire personnelle, ils ne disent pas comment ils se sont évadés, comment ils ont survécu à travers toute la guerre, ils disent "nous", c'est pas du tout pareil.
Je n'aurais jamais pu consacrer douze années de ma vie à accomplir une oeuvre comme "Shoah" si j'avais été moi-même déporté. Ce sont là des mystères, ce n'en sont peut-être pas. Il n'y a pas de création véritable sans opacité, le créateur n'a pas à être transparent à soi-même.
Dans la même œuvre
Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas.
Je n'aurais jamais pu consacrer douze années de ma vie à accomplir une oeuvre comme "Shoah" si j'avais été moi-même déporté. Ce sont là des mystères, ce n'en sont peut-être pas. Il n'y a pas de création véritable sans opacité, le créateur n'a pas à être transparent à soi-même.
On ne peut pas tout de suite écrire, changer en un livre la matière de sa vie, ce qui est souvent le défaut des professionnels de la littérature.
J'aime les lièvres, je les respecte, ce sont des animaux nobles... S'il y a une vérité de la métempsychose et si on me donnait le choix, c'est, sans hésitation aucune, en lièvre que je voudrais revivre.
J'étais un homme des mûrissements longs, je n'avais pas peur de l'écoulement du temps, quelque chose m'assurait que mon existence atteindrait sa pleine fécondité quand elle entrerait dans sa deuxième moitié.