Œuvre
Le Libertinage (1977)
En France tout finit par des fleurs de rhétorique.
Je ne serai pour personne une excuse, pour personne un exemple.
La parole n'a pas été donnée à l'homme: il l'a prise.
Pas un geste, pas un cillement qui ne m'engage à fond, qui ne fasse dévier ma vie.
L'homme n'est pas la négation de l'enfant, mais son développement, et malheur à qui veut barrer ce qu'il fut !
Il paraît que je suis, tout le monde l'assure, la séduction en personne. C'est bien possible. Je n'ai jamais rien fait pour cela.
L'obsession de l'amour, après le scepticisme, le reproche portait. Je ne fais pas difficulté à le reconnaître: je ne pense à rien, si ce n'est à l'amour.
L'amour m'intéresse plus que la musique. Ce n'est pas assez dire: en un mot, tout le reste n'est que feuille morte.
J'ai déjà dit que je ne crois pas à l'expérience des autres.
Mais à tout prendre voilà le plus grand grief qu'on nous fasse, nous sommes des messianiques. Soit. A l'idée traditionnelle de la beauté et du bien, nous opposerons la nôtre, si infernale qu'elle paraisse.
Je n'ai jamais cherché autre chose que le scandale et je l'ai cherché pour lui-même.
Aucune aventure littéraire n'est définitive, aucun littérateur ne pourra jamais rendre quelque chose impossible.
Y a-t-il une idée qui vaille qu'on s'y arrête ?
Je voudrais que tout ce qui me passe par la tête y durât si peu, que moi-même je ne retrouve jamais la mémoire de ma pensée. Que toute démarche de mon esprit soit un pas, et non une trace.
Rien, ni mes idées surtout, ne me permet de préjuger de mes actions lointaines.
L'avenir aujourd'hui m'est plus obscur que jamais. Je ne songe point à l'accorder à mon passé, je ne songe qu'à cette minute qui me brûle. Je sais à tout instant ce qui meurt, et je ne crois pas que quelque chose un jour renaisse.
Il n'y a pas un mot péjoratif dans mon vocabulaire. Un mot ne constitue pas un jugement.
Il fallait que la femme ait tout quitté pour me suivre, qu'elle fût mon ombre, une chose asservie à l'ombre de mon ombre, un timbre-poste sur mon corps.
Où le mensonge commence et prend corps, où il cesse d'être le consentement à ce qui est pour devenir le complice de l'erreur, je suis bien incapable de le dire.
Il y a des plaisirs qui passent pour des crimes, c'est que communément on n'y a pas goûté.