Œuvre
Le jardin d'Epicure (1894)
L'attrait du danger est au fond de toutes les grandes passions.
Bien que la beauté relève de la géométrie, c'est par le sentiment seul qu'il est possible d'en saisir les formes délicates.
La guerre et le jeu enseignent ces calculs de probabilité qui font saisir les chances sans s'user à les attendre toutes.
Ce qui fait le monde, c'est la femme. Elle y est souveraine; rien ne s'y fait que par elle et pour elle.
Il y a des étoiles qui se sont éteintes sous nos yeux, d'autres vacillent comme la flamme mourante d'une bougie. Les cieux, qu'on croyait incorruptibles, ne connaissent d'éternel que l'éternel écoulement des choses.
Les joueurs jouent comme les amoureux aiment, comme les ivrognes boivent, nécessairement, aveuglement, sous l'empire d'une force irrésistible. Il est des êtres voues au jeu, comme il est des êtres voués a l'amour.
Le jeu, c'est un corps-a-corps avec le destin. C'est le combat de Jacob avec l'ange, c'est le pacte du docteur Faust avec le diable. On joue de l'argent, de l'argent, c'est-a-dire la possibilité immediate, infinie.
Le mal est nécessaire. S'il n'existait pas, le bien n'existerait pas non plus. Le mal est l'unique raison d'être du bien. Que serait le courage loin du péril et la pitié sans la douleur?
En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs; ils veulent des images.
Vivre, c'est agir.
Un beau vers est comme un archet promené sur nos fibres sonores.
N'ayez pas peur que cette suite de petits cris éteints et affaiblis qui composent un livre de philosophie nous en apprenne trop sur l'univers pour que nous ne puissions plus y vivre.
Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c'est Dieu.
La souffrance! Quelle divine méconnue! Nous lui devons tout ce qu'il y a de bon en nous, tout ce qui donne du prix à la vie, nous lui devons la pitié, nous lui devons le courage, nous lui devons toutes les vertus.
Je ne sens pas en moi l'étoffe d'un dieu si petit qu'il soit. Ma faiblesse m'est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d'être.
La forme simple est la seule faite pour traverser paisiblement, non pas les siècles, ce qui est trop dire, mais les années. La seule difficulté est de définir la forme simple.
Un bon style, enfin, est comme ce rayon de lumière qui entre par ma fenêtre au moment où j'écris et qui doit sa clarté pure à l'union intime des sept couleurs dont il est composé. Le style simple est semblable à la clarté blanche.
J'ai beau entendre parler de décadence. Je n'y crois pas. Je ne crois même pas que nous soyons parvenus au plus haut point de civilisation.
L'Ironie et la Pitié sont deux bonnes conseillères; l'une, en souriant, nous rend la vie aimable; l'autre, qui pleure, nous la rend sacrée.
Le train du monde est lent.
L'homme a le génie de l'imitation. Il n'invente guère.
Il y a, en psychologie comme en physique, une loi de la pesanteur qui nous attache au vieux sol.
Quand on lit un livre, on le lit comme on veut, on en lit ou plutôt on y lit ce qu'on veut. Le livre laisse tout à faire à l'imagination. Aussi les esprits rudes et communs n'y prennent-ils, pour la plupart, qu'un pâle et froid plaisir.
Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent. Il dépendra de lui que ce livre soit terne ou brillant, ardent ou glacé.
Nous savons que la vie est brève et, pour la prolonger, nous y mettons le souvenir des temps qui ne sont plus.