Œuvre
Le dernier fleuve (2019)
L'averse cinglait le fleuve, pénétrait sa peau, modifiait sa couleur sa température, ses courants. L'odeur jaune s'était dissoute dans l'air gris. En surface du fleuve la pluie oblique produisait un halo phosphorescent. Autour d'eux les arbres flous avaient pris la teinte bleutée de végétaux aquatiques dont le vent, en leur imprimant des torsions révelait les tourments.
La nuit de printemps était douce. Le fleuve du jour avait disparu. Changeait-il d’aspect au crépuscule, devenant ce monstre aquatique dont Mo n’osait s’approcher ? Des vagues luisantes enflaient sous la surface. Le mouvement convulsif se propageait loin, si loin, vers les étoiles floues derrière un voile de brume. On eût dit qu’une gigantesque anguille s’était emparée du fleuve, commandant chacun de ses mouvements, et jusqu’aux battements du cœur qui frappaient à grands coups désordonnés, fébriles, depuis que le clapotis diurne s’était tu.