Œuvre
Lamentations d'un poil de cul de femme (1854)
Il est dur lorsque sur la terre - Dans le bonheur on a vécu - De mourir triste et solitaire - Sur les ruines d'un vieux cul. - Jadis dans une forêt vierge - Je fus planté sur le versant - Qu'un pur filet d'urine asperge - Et parfois un filet de sang.
Alors dans ce taillis sauvage - Les poils poussaient par les sillons - Et sous leur virginal ombrage - Passaient de jolis morpions. - Destin fatal ! Un doigt nubile - Un soir par là vint s'égarer - Et de sa phalange mobile - Frotter, racler et labourer...
Bientôt au doigt le vit succède - Et dans ses apétits ardents - Appelant la langue à son aide - Il nous déchire à belles dents. - J'ai vu s'en aller nos dépouilles - Sur le fleuve des passions - Qui prend sa source dans les couilles - Et va se perdre dans les cons.
Hélas l'épine est sous larose - Et la pine sous le plaisir. - Bientôt au bord des exostoses - Des chancres vinrent à fleurir - Les coqs de leur crête inhumaine - Se parent dans tous les chemins - Dans le département de l'Aine - Gambadent les jeunes poulains.
Mais quand le passé fut propice - Pourquoi songer à l'avenir ? - Et qu'importe la chaude-pisse - Quand il reste le souvenir ? - N'ai-je pas vu tous les prépuces - Avoir chez nous un libre accès - Alors même qu'ils étaient russes - Surtout quand ils étaient français.
J'ai couvert de mon ombre amie - La genette de l'écolier - Le membre de l'Académie - Et le vit du carabinier - J'ai vu le vieillard phosphorique - Dans un effort trop passager - Charger avec son dard étique - Sans parvenir à décharger...
J'ai vu - mais la motte déserte - N'a plus de flux ni de reflux - Et la matrice trop ouverte - Attend vainement le phallus. - J'ai perdu depuis une année - Mes compagnons, déjà trop vieux, - Et mes beaux poils du périnée - Sont engloutis dans divers lieux.
Il eût longtemps parlé encore - Lorsqu'un vent vif précipité - Bruyant mais non pas inodore - Le lança dans l'éternité. - Ainsi tout retourne à la tombe - Tout ce qui vit, tout ce qui fut - Ainsi tout change, ainsi tout tombe - Illusions... et poils du cul.