Œuvre

La vie en fleur (1922)

Quand la mode fut aux échasses, Desrais, qui suivait toujours la mode, s'en procura une paire.
Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m'empêchèrent de voir, c'est la fortune et ses coups.
Le goût étant le sens de l'agréable, il s'affine dans la souffrance.
A mes jours d'agitation succédaient des jours de torpeur.
L'établissement de puissantes amphictyonies qui, dominant sur les Etats, les contiendraient dans le droit.
La vieillesse qui est une déchéance pour les êtres ordinaires est, pour les hommes de génie, une apothéose.
Sur mes seize ans je passai, à la diable, un affreux petit examen nommé baccalauréat, bien fait pour avilir en même temps les candidats et les examinateurs. Il y avait alors un baccalauréat ès sciences et un baccalauréat ès lettres.
Il restait petit de corps et remédiait à la brièveté de sa taille par la hauteur de sa pensée.
Pierre n'est plus reconnaissable, dit ma mère, son caractère est devenu inégal, bizarre. Il passe brusquement et sans cause de la joie à la tristesse.
Sa femme, morte jeune, du mal qu'on appelait encore à cette époque la consomption.
Les lettres, privées des sciences, sont creuses, car la science est la substance des lettres.
Mon parrain découpait lui-même les grosses pièces et servait en faisant parvenir les parts à ses invités, vieil usage, suivi autrefois dans les meilleures maisons.
Je songeais à cette obligation à laquelle nul de nous ne peut échapper.
Je ne voyais pas encore quelle carrière pouvait s'ouvrir pour moi. Mon père et ma mère ne m'aidaient guère dans le choix difficile d'un état.
La nature et la fortune ne m'avaient pas favorisé.
On donne toujours trop aux mendiants, répondit-elle, ce sont des fainéants, mais il y a les pauvres honteux, et ceux-là sont à plaindre. Il y en a partout; ils se cachent. Et ils souffrent plutôt que de demander.
Un jour, dans ma chambre, je lisais Virgile. Je l'avais aimé dès le collège; mais, depuis que les professeurs ne me l'expliquaient plus, j'en avais une meilleure intelligence et rien ne m'en gâtait plus la beauté.
Je demande à un croquis d'être libre, rapide, incisif, mordant, forcé. Je lui demande de passer la mesure, d'outrer la vérité pour la faire mieux sentir.
J'ai toujours considéré que créer l'émulation, c'est exciter les enfants les uns contre les autres.
L'amour du passé est inné chez l'homme. Le passé émeut à l'envi le petit enfant et l'aïeule.
Toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde est dans le passé. Et cela, les enfants le savent aussi bien que les vieillards.
Le présent est aride et trouble, l'avenir est caché.
Je le répète : j'aime la vérité. Je crois que l'humanité en a besoin; mais certes elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d'ennui.
Il n'est pas difficile de s'apercevoir si un homme est heureux ou malheureux. La joie et la douleur sont ce qu'on dissimule le moins, surtout dans la jeunesse.
Avant de juger une peinture, cherchez ce que le peintre a voulu, et ne le condamnez pas sur les sacrifices qu'il a dû faire pour mieux rendre sa pensée. Le génie consiste surtout à oser les sacrifices nécessaires, si grands qu'ils soient.