Œuvre
La Trahison des clercs (1927)
Ce que l'Eglise, jusqu'à nos jours, exaltait dans le patriotisme, quand elle l'exaltait, c'est la fraternité entre concitoyens.
Le critérium d'une philosophie qui peut, sans réserve et sans équivoque, être appelée rationnelle, n'est-il pas qu'elle demeure incorruptiblement fidèle à soi-même.
L'expérience, dans la mesure où elle est autre chose qu'un constat, mais un enrichissement de l'esprit, implique la préexistence de la raison.
Je dis que les clercs modernes ont prêché que l'Etat doit être fort et se moquer d'être juste; et, en effet, ils ont donné à cette affirmation un caractère de prédication, d'enseignement moral.
La mystique de la paix, tout comme celle de la guerre, peut totalement éteindre, chez ceux qui en sont atteints, le sentiment du juste.
L'exercice de la vie de l'esprit me semble conduire nécessairement à l'universalisme.
Ceux qui conduisent les hommes à la conquête des choses n'ont que faire de la justice et de la charité.
Une chose plus grave est que l'écrasement du faible par le fort rencontrait alors, sinon l'approbation, du moins l'indulgence.
Le rôle suprême de la divinité et son honneur, chez les philosophes helléniques, était, non pas d'avoir créé l'univers, mais d'y avoir introduit de l'ordre, c'est-à-dire de l'intelligibilité.
La paix, si jamais elle existe, ne reposera pas sur la crainte de la guerre mais sur l'amour de la paix; elle ne sera pas l'abstention d'un acte, elle sera l'avènement d'un état d'âme.
La raison consiste précisément, non pas à s'identifier aux choses, mais à prendre, en termes rationnels, des vues sur elles. Elle est un position mystique.
L'humanité, par sa pratique actuelle des passions politiques, exprime qu'elle devient plus réaliste, plus exclusivement réaliste, et plus religieusement qu'elle ne l'a jamais été.