... Les belles époques littéraires sont d'un demi-siècle alors que les littératures dites de décadence durent six cents ans.
Le propre de l'action morale est précisément de créer son objet en l'affirmant.
Nous ne demandons pas au chrétien de ne point violer la loi chrétienne; nous lui demandons, s'il la viole, de savoir qu'il la viole.
Si l'on excepte le cas unique du cartésianisme, il n'y a pas de snobisme du bon sens.
Il suffit d'ouvrir un manuel de littérature grecque ou latine pour constater que les belles époques littéraires sont d'un demi-siècle alors que les littératures dites de décadence durent six cents ans.
La science n'avance que parce qu'il existe de ces héros qui savent, quand il le faut, se jeter dans le maquis du réel hors des avenues tracées.
Ce que l'Eglise, jusqu'à nos jours, exaltait dans le patriotisme, quand elle l'exaltait, c'est la fraternité entre concitoyens.
Le critérium d'une philosophie qui peut, sans réserve et sans équivoque, être appelée rationnelle, n'est-il pas qu'elle demeure incorruptiblement fidèle à soi-même.
L'expérience, dans la mesure où elle est autre chose qu'un constat, mais un enrichissement de l'esprit, implique la préexistence de la raison.
Je dis que les clercs modernes ont prêché que l'Etat doit être fort et se moquer d'être juste; et, en effet, ils ont donné à cette affirmation un caractère de prédication, d'enseignement moral.
La mystique de la paix, tout comme celle de la guerre, peut totalement éteindre, chez ceux qui en sont atteints, le sentiment du juste.
L'exercice de la vie de l'esprit me semble conduire nécessairement à l'universalisme.
Le devoir fait à l'écrivain d'être original coûte que coûte conduit à l'extermination du lieu commun.
J'ai dit que la plupart d'entre eux font un enfant, non pas pour son plaisir, mais pour le leur.
Ceux qui conduisent les hommes à la conquête des choses n'ont que faire de la justice et de la charité.
Une chose plus grave est que l'écrasement du faible par le fort rencontrait alors, sinon l'approbation, du moins l'indulgence.
Le rôle suprême de la divinité et son honneur, chez les philosophes helléniques, était, non pas d'avoir créé l'univers, mais d'y avoir introduit de l'ordre, c'est-à-dire de l'intelligibilité.
La paix, si jamais elle existe, ne reposera pas sur la crainte de la guerre mais sur l'amour de la paix; elle ne sera pas l'abstention d'un acte, elle sera l'avènement d'un état d'âme.
La présente société française demande aux oeuvres d'art qu'elles lui fassent éprouver des émotions et des sensations; elle entend ne plus connaître par elles aucune espèce de plaisir intellectuel.
La disparition de toute espèce de puissance dialectique dans une société française sera une des stupéfactions de l'histoire.
Autrefois, les écrivains dénués de métier voulaient passer pour en avoir; aujourd'hui ceux qui en sont farcis veulent nous faire croire qu'ils ne savent même pas ce que c'est. Tel est le progrès.
Le patriotisme est aujourd'hui l'affirmation d'une forme d'âme contre d'autres formes d'âme.
La guerre politique impliquant la guerre des cultures, cela est proprement une invention de notre temps et qui lui assure une place insigne dans l'histoire morale de l'humanité.
Le créateur qui accepte l'incognito est un objet contre nature.
La raison consiste précisément, non pas à s'identifier aux choses, mais à prendre, en termes rationnels, des vues sur elles. Elle est un position mystique.
Œuvres de Julien Benda
Belphégor: essai sur l'esthétique de la présente société française (1918), ILa France byzantineLa France byzantine (1945)La France byzantine (1945), IILa Trahison des clercsLa Trahison des clercs (1927)La Trahison des clercs (1927), ILe Rapport d'Uriel (1946)Lettres à Mélisande pour son éducation philosophique (1925)