Œuvre

La Retraite sentimentale (1907)

Et pourquoi mon orgueil s'attache-t-il à ne vouloir dans mon coeur que des êtres particuliers ! Tout ce qui les identifie au reste du monde m'irrite contre eux et contre moi.
Je voudrais vous faire partager cette conviction que chacun ne possède, ne doit posséder qu'une très petite part du bonheur.
Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne.
Les lettres d'amour, on devrait pouvoir les dessiner, les peindre, les crier.
Moi, c'est mon corps qui pense. Il est plus intelligent que mon cerveau. Il ressent plus finement, plus complètement que mon cerveau. Toute ma peau a une âme.
Cela s'arrangera. On ne sait pas comment, mais cela s'arrangera. Il n'y a pas de peine irrémédiable, sauf la mort.
S'il ne fallait qu'être cocu pour avoir du talent... votre mari serait un Prince des Lettres, Annie !
Et pourquoi mon orgueil s'attache-t-il à ne vouloir dans mon coeur que des êtres particulier ? Tout ce qui les identifie au reste du monde m'irrite contre eux et contre moi.
Décidément, le ciel n'a pas voulu mettre en moi l'âme d'une soeur de charité. Les malades m'attristent et m'irritent, les enfants m'agacent... Jolie petit nature ! Je mériterais, pour me punir, une trôlée de mioches à moucher, à ficeler, à peigner...
Je voudrais vous faire partager cette conviction que chacun ne possède, ne doit posséder qu'une très petite part du bonheur...