Œuvre
La Promesse de l'aube (1960)
L'humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive.
Mon égocentrisme est en effet tel que je me reconnais instantanément dans tous ceux qui souffrent et j'ai mal dans toutes leurs plaies.
Décidé à faire dans le génie, je n'arrivais qu'à manquer de talent.
Je vois la vie comme une grande course de relais où chacun de nous, avant de tomber, doit porter plus loin le défi d'être un homme.
Si on pouvait mourir de honte, il y a longtemps que l'humanité ne serait plus là.
Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l'enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées.
La prochaine fois qu'on insulte ta mère devant toi, la prochaine fois, je veux qu'on te ramène à la maison sur des brancards. Tu comprends? ... Je veux qu'on te ramène en sang.
Dans mes désespoirs, toujours aussi rageurs que passagers, je me tourne contre l'extérieur et non contre moi-même, et j'avoue que loin de me couper l'oreille comme Van Gogh, c'est aux oreilles des autres que je songerais plutôt à mes bons moments.
Le bonheur est accessible, il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi.
Le monde s'était rétréci pour moi jusqu'à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exaspéré de l'adolescence.
Difficile à faire dans le génie, je n'arrivais qu'à manquer de talent. Il est difficile lorsqu'on se sent le couteau sur la gorge, de chanter juste.
Il m'a toujours fallu le réconfort d'une féminité à la fois vulnérable et dévouée, un peu soumise et reconnaissante, qui me donne le sentiment d'offrir alors que je prends, de soutenir alors que je m'appuie.
La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu. Elle vous a tout pris, et elle n'a plus rien à vous donner.
Je suis un vieux mangeur d'étoiles et c'est à la nuit que je me confie le plus aisément.
Elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis.
Parfois je lève la tête et regarde mon frère l'Océan avec amitié: il feint l'infini, mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites, et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte, tout ce fracas.
Je ne sais pas ce que je vois au juste dans les yeux des bêtes, mais leur regard a une sorte d'interpellation muette, d'incompréhension, de question, qui me rappelle quelque chose et me bouleverse complètement.
Nous étions en assez bons termes, lui et moi, peut-être justement parce que nous n'avions rien de commun, et que tout ce qui nous séparait établissait entre nous une sorte de lien, par contraste.
Il sait bien que les vérités absolues n'existent pas, qu'elles ne sont qu'un moyen de nous réduire à la servitude.
Je sais bien que c'est ta mère, mais c'est tout de même beau, un amour comme ça. Ca finit par vous faire envie... Y aura jamais une autre femme pour t'aimer comme elle, dans la vie. Ca, c'est sûr.
Le plus grand effort de ma vie a toujours été de parvenir à désespérer complètement. Il n'y a rien à faire. Il y a toujours quelque chose en moi qui continue à sourire.
Je riais intérieurement. Déjà l'humour était pour moi ce qu'il devait demeurer toute ma vie : une aide nécessaire, la plus sûre de toutes.
Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l'humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus.
Après avoir longuement hésité entre la peinture, la scène, le chant et la danse, je devais un jour opter pour la littérature, qui me paraissait le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer.
Je vois la vie comme une grande course de relais où chacun de nous avant de tomber doit porter plus loin le défi d'être un homme.