Œuvre
La Promesse de l'aube (1960)
Cette inaptitude atavique à désespérer, qui est en moi comme une infirmité contre laquelle je ne puis rien, finissait par prendre l'apparence de quelque heureuse et congénitale imbécilité ...
Un soir, j'étais sorti sur le pont et, accoudé au bastingage, je regardais le sillage phosphorescent du navire.
Il avait malgré tout une croix de guerre avec étoile, ce qui n'était pas mal à l'époque, pour un biffin.
Nous eûmes la chance que le diagnostic du médecin fût rapide et sûr: il s'agissait d'une crise de coma hypoglycémique, due à une trop forte piqûre d'insuline.
Un intolérable sentiment de privation, de dévirilisation, presque d'infirmité, s'empara de moi.
Elle prenait donc la précaution de ne jamais quitter la maison sans une prescription épinglée en évidence sous son manteau: «Je suis diabétique. Si one me trouve évanouie, prière de me faire absorber les sachets de sucre qui sont dans mon sac. Merci».
Je m'empresse aussi d'ajouter que le béotien que je suis s'incline respectueusement devant le complexe d'Oedipe.
Malheureusement, ma mère n'était pas femme à garder pour elle ce rêve consolant qui l'habitait. Tout, chez elle, était immédiatement extériorisé, proclamé, déclamé, claironné, projeté au-dehors.
Mais avec deux ou trois francs d'argent de poche par jour, il est difficile de fréquenter, comme on dit dans le Midi.
J'en arrivais presque à conclure qu'un pseudonyme ne suffisait pas, comme moyen d'expression littéraire, et qu'il fallait encore écrire des livres.
Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais.
La véritable tragédie de Faust, ce n'est pas qu'il ait vendu son âme au diable. La véritable tragédie, c'est qu'il n'y a personne pour vous acheter votre âme.
Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours.
Rien ne vous isole plus que de tendre la main fraternelle de l'humour à ceux qui, à cet égard, sont plus manchots que des pingouins.
Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.
Je devais un jour opter pour la littérature, qui me paraissait le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer.
La vie est pavée d'occasions perdues.
Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer.
Il y a longtemps que je ne crains plus le ridicule; je sais aujourd'hui que l'homme est quelque chose qui ne peut pas être ridiculisé.
J'ai beau me consoler en pensant qu'aucun trône n'est solide à l'époque actuelle, le petit prince en moi continue à s'étonner.
Je feins l'adulte, mais, secrètement, je guette toujours le scarabée d'or, et j'attends qu'un oiseau se pose sur mon épaule, pour me parler d'une voix humaine et me révéler enfin le pourquoi et le comment.
La vérité meurt jeune. Ce que la vieillesse a «appris» est en réalité tout ce qu'elle a oublié.
Par ce suprême échec que l'art est toujours, l'homme éternel tricheur de lui-même, essaye de faire passer pour une réponse ce qui est condamné à demeurer comme une tragique interpellation.
Je ne sais pas parler de la mer. Tout ce que je sais, c'est qu'elle me débarrasse soudain de toutes mes obligations. Chaque fois que je la regarde, je deviens un noyé heureux.
La véritable tragédie, c'est qu'il n'y a pas de diable pour vous acheter votre âme.