Œuvre

La Pesanteur et la Grâce (1947)

Dire que le monde ne vaut rien, que cette vie ne vaut rien, et donner pour preuve le mal, est absurde, car si cela ne vaut rien, de quoi le mal prive-t-il?
Et si on conçoit la plénitude de la joie, la souffrance est encore à la joie comme la faim à la nourriture.
De même il faut aimer beaucoup la vie pour aimer encore davantage la mort.
Alexandre (Le Grand) est à un paysan propriétaire ce qu'est don Juan à un mari heureux.
Méthode d'investigation: dès qu'on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.
... l'usage principal de la douleur ... est de m'apprendre que je ne suis rien.
Essayer de remédier aux fautes par l'attention et non par la volonté.
La science, aujourd'hui, cherchera une source d'inspiration au-dessus d'elle ou périra.
Deux prisonniers, dans des cachots voisins, qui communiquent par des coups frappés contre le mur. Le mur est ce qui les sépare, mais aussi ce qui leur permet de communiquer. Ainsi nous et Dieu. Toute séparation est un lien.
La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu'à l'âme.
Une oeuvre d'art a un auteur, et pourtant, quand elle est parfaite, elle a quelque chose d'essentiellement anonyme. Elle imite l'anonymat de l'art divin. Ainsi la beauté du monde prouve un Dieu à la fois personnel et impersonnel, et ni l'un ni l'autre.
Le présent, nous y sommes attachés. L'avenir, nous le fabriquons dans notre imagination. Seul le passé, quand nous ne le refabriquons pas, est réalité pure.
La pesanteur et la grâce.
L'enfer est du néant qui a de la prétention et donne l'illusion d'être.
Etre orgueilleux, c'est oublier qu'on est Dieu...
La création est faite du mouvement descendant de la pesanteur, du mouvement ascendant de la grâce et du mouvement descendant de la grâce à la deuxième puissance.
L'esprit succombant sous le poids de la quantité n'a plus d'autre critérium que l'efficacité.
La vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d'existence.
Le temps est une image de l'éternité, mais c'est aussi un ersatz de l'éternité.
C'est un grand danger que celui d'aimer Dieu comme un joueur aime le jeu.
Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.
Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l'absence.
Considérer toujours les hommes au pouvoir comme des choses dangereuses.
Il faut éliminer le malheur autant qu'on le peut de la vie sociale, car le malheur ne sert qu'à la grâce et la société n'est pas une société d'élus. Il y aura toujours assez de malheur pour les élus.