Œuvre

La Part de l'autre (2001)

Le bonheur se fortifie du malheur des autres.
Comment peut-on commander les hommes si l'on n'appartient pas soi-même à l'humanité?
Comment mieux convaincre qu'on a raison sinon en montrant qu'on est en train de mourir pour sa vérité?
Ce n'est pas tout, le savoir-faire. Encore faut-il le faire savoir.
Imaginez un voyant isolé dans un monde d'aveugles: les aveugles n'auraient pas l'idée que le voyant puisse voir, ils le sous-estimeraient, ils n'envisageraient ni sa force ni sa capacité de nuisance.
Dieu nous donne et nous reprend. On ne réalise qu'il nous a donné quelque chose qu'à l'instant où l'on s'aperçoit qu'il peut le reprendre.
Tant qu'on ne reconnaîtra pas que le salaud et le criminel sont au fond de nous, on vivra dans un mensonge pieux.
Il n'y a pas de justice. Tout est loterie. La naissance, la mort, le talent. Et c'est tant pis pour nous.
Il venait de découvrir que certaines joies - sans doute les plus essentielles - ne peuvent être partagées, ni même racontées; elles nous constituent au même titre que nos yeux ou notre colonne vertébrale; elles font de nous ce que nous sommes.
Hitler est à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de moi. A l'extérieur dans un passé accompli, dont il ne reste que des cendres et des témoignages. A l'intérieur, car c'est un homme, un de mes possibles, et je dois pouvoir l'appréhender.
Le salaud se regarde tranquillement dans la glace, il s'aime, il s'admire, il se justifie, il a l'impression - tant qu'il n'est pas mis en échec - de triompher des difficultés qui arrêtent les autres; il n'est pas loin de se prendre pour un héros.
Heureux? Quelle drôle d'idée! Est-ce que le soleil est heureux?
L'amitié, on la fait sans la nommer ni la commenter. C'est fort et silencieux. C'est pudique. C'est viril. C'est le romantisme des hommes.
Une possibilité trop longtemps éludée devient une impossibilité.
Le mal est un mystère plus profond que le bien car, dans le bien, il y a une lumière, un dynamisme, une affirmation de la vie.
Tout génocide est un humanocide. Au fond, tout meurtre est un suicide.
Les idées n'appartiennent à personne. Ou plutôt si, elles appartiennent à ceux qui les pensent, les vivifient par leur verbe et les communiquent.
L'être humain au premier jour est un monstre sans conscience car sans conscience d'autrui. Nous avons tous commencé par être des tyrans. C'est la vie, en nous contredisant, qui nous a domestiqués.
Je crois qu'il existe deux sortes de monstres sur cette planète: ceux qui ne pensent qu'à eux, ceux qui ne pensent qu'aux autres. Autrement dit les salauds égoïstes et les salauds altruistes.
La trahison est une lumière crue qui donne sa réalité à tout ce qu'elle éclaire. Peut-être la seule lumière vraie.
Les snobs, ce sont les paresseux qui ne savent ni penser ni juger par eux-mêmes. Pour occuper les snobs, on a inventé la mode, le dernier cri, la nouveauté.
L'artiste sait faire son miel de tout, y compris des chagrins.
Voilà comment il faut mourir, seul, à la tête de tous, seul au-dessus de tous, le front toujours dans les nuages.
J'admets la part de l'autre dans la constitution de mon destin.
Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n'a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix.