Œuvre

La Légende des siècles (1859), l'Amour

La prière est la soeur tremblante de l'amour.
Écoute, si tu veux, puisque nous nous aimons, - \r\nNous allons tous les deux fuir par delà les monts ; - \r\nNous irons sous le ciel de Grèce, où sont les muses. - \r\nTu verras, toi qu'un rien charme, toi qui t'amuses - \r\nDu vol d'un papillon, comment les aigles font - \r\nQuand ils planent autour du firmament profond ;
On a beau tout rêver, tu dépasses le rêve; - Ton oeil promet l'amour, ton coeur donne le ciel.
Tu sembles une note adorable ajoutée - Au concert qu'ici-bas l'âme écoute enchantée; - Car la femme est de tout le divin complément, - Car dans l'hymne éternel rien n'est faux, rien ne ment, - Et la nature, voix profonde, chante juste.
C'est croire, c'est aimer. Par Eve l'homme naît. - La femme est vers le ciel tournée, et ce qui n'est - Que parfum dans la rose est encens dans la femme.
La prière est la soeur tremblante de l'amour; - Qui prie adore; aimer, c'est prier une femme; - Les deux lumières sont au fond la même flamme.
Amour ! Loi, dit Jésus. Mystère, dit Platon. Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on
Est-on maître d'aimer ? Pourquoi deux êtres s'aiment, - Demande à l'eau qui court, demande à l'air qui fuit.
Quoi ! nous sommes encore aux temps où la Tournelle, - Déclarant la magie impie et criminelle, - Lui dressait un bûcher par arrêt de la cour, - Et le dernier sorcier qu'on brûle, c'est l'Amour !
O libres oiseaux, fiers, charmants, purs, sans ennuis, - Vous dites à l'aurore, aux fleurs, à l'astre, aux nuits : - Est-ce qu'on ne peut pas aimer quand on est homme ?