L'art de lire, c'est l'art de penser avec un peu d'aide.
Pour apprendre à lire, il faut d'abord lire très lentement et ensuite il faut lire très lentement et, toujours, jusqu'au dernier livre qui aura l'honneur d'être lu par vous, il faudra lire très lentement.
Lire lentement, c'est le premier principe et qui s'applique absolument à toute lecture. C'est l'art de lire comme en essence.
... Platon qui, comme tous les philosophes, écrit moins pour être admiré que pour être compris et même moins pour être compris que pour faire penser.
Ce qu'on déteste le plus au monde, quand on a l'âme active et non pas seulement passive et soumise, c'est ce que l'on a vu autour de soi à vingt ans.
On ne connaît sans doute quelqu'un que quand on sait ce qu'il est et aussi ce qu'il pouvait être.
... il y a des plaisirs d'infidélité et l'infidélité à l'égard d'un auteur est un innocent libertinage.
Les contradictions sont les accidents de paysage d'un grand penseur.
Je ne souhaite pas que les auteurs abondent en contradictions; mais je souhaite que les lecteurs puissent en trouver.
Il ne faut point ... parce que nous avons trouvé contre un raisonnement un peu faible de l'auteur un raisonnement assez fort, croire toujours avoir raison contre lui.
En choses intellectuelles, il ne faut ni abdication ni triomphe. L'abdication est toujours un peu déprimante et le triomphe est toujours vain.
La lecture est ainsi faite de ce que nous savons, de ce que nous apprenons et de ce que nous n'apprenons que parce que nous le savions déjà et de ce que nous savons mieux maintenant parce que nous venons de le rapprendre.
Chacun de nous est un petit monde où le monde entier se voit en raccourci et est véritablement comme en germe ...
... la musique seule est tout à fait l'art qui permet qu'on échappe à la vie et qui aide à en sortir.
Rien ne révèle la débilité et ne l'entretient comme la moquerie.
S'exercer à la moquerie, c'est avoir déjà et se conférer la volonté d'impuissance.
... on est bien plus sot en contrariant sa nature qu'en la suivant.
La haine d'un sot livre est un sentiment très inutile en soi; mais qui a son prix s'il ravive en nous l'amour et la soif de ceux qui sont bons.
Un auteur, de nos jours, est un moine qui écrit pour son couvent, isolé dans un petit monde isolé. La littérature est devenue conventuelle.
Quand on peint son héros, on peint son idéal, et l'idéal que l'on a, on se croit toujours un peu, on se croit du moins par moments, de force à le réaliser. ... Poser un héros, c'est un peu poser en héros.
La lecture est une victoire de l'ennui sur l'amour-propre.
Le plaisir de lire un livre suranné est toujours un peu languissant.
Ce qui empêche de jouir de belles choses, c'est l'envie de les trouver mauvaises; il n'y a rien de plus incontestable.
Le lecteur aime celui qui lit et qui lui parle de lectures, et en vient même, par besoin de confidences intellectuelles à faire et à recevoir, à ne pouvoir plus se passer de lui.
Le critique doit inviter à relire ou à repenser sa lecture.