Œuvre
L'Année terrible (1872)
Ce siècle est à la barre et je suis son témoin.
Je n'abdiquerai pas mon droit à l'innocence.
Je n'ai plus d'ennemi quand ils sont malheureux.
Je crois ce que je dis, je fais ce que je crois.
Car le péril croissant n'est pour l'âme autre chose - Qu'une raison de croître en courage, et la cause - S'embellit, et le droit s'affermit, en souffrant, - Et l'on semble plus juste alors qu'on est plus grand.
Le présent est l'enclume où se fait l'avenir. L'araignée est plus tard prise en ses propres toiles.
C'est de Paris que prend son vol l'essaim des aigles.
Paris veut que tout monte au suprême degré; - Il dresse l'idéal sur le démesuré; - A l'appui du progrès, à l'appui des idées, - Il donne des raisons hautes de cent coudées.
Paris n'est jamais petit; il est géant.
Le coeur s'attendrit mieux lorsque l'esprit comprend, - Et l'on n'est le meilleur qu'en étant le plus grand.
Certains problèmes sont des fruits d'or pleins de cendre, - Le fond de l'un est Tout, le fond de l'autre est Rien; - On peut trouver le mal en cherchant trop le bien; - Paris le sait; Paris choisit ce qui doit vivre.
Qu'ai-je donc fait pour être ainsi précipité - Dans la tempête infâme et dans l'écume amère, - Et pour n'avoir plus droit à la France ma mère !
Ce qui fait qu'il est bon d'avoir été proscrit. Je sauverais Judas si j'étais Jésus-Christ.