Œuvre
L'Amour et l'Occident (1938)
Nous avons besoin d'un mythe pour exprimer le fait obscur et inavouable que la passion est liée à la mort.
L'amour passion fut réellement au douzième siècle, date de son apparition, une religion dans toute la force de ce terme, et spécialement une hérésie chrétienne.
Le plus bas nous paraît le plus vrai.
La passion interdite, l'amour inavouable, se créent un système de symboles, un langage hiéroglyphique, dont la conscience n'a pas la clé.
Le caractère le plus profond du mythe, c'est le pouvoir qu'il prend sur nous, généralement à notre insu.
Ce qui exalte le lyrisme occidental, ce n'est pas le plaisir des sens, ni la paix féconde du couple. C'est moins l'amour comblé que la passion d'amour. Et passion signifie souffrance.
Etre amoureux n'est pas nécessairement aimer. Etre amoureux est un état; aimer, un acte. On subit un état, mais on décide un acte.
L'amour du mariage est la fin de l'angoisse, l'acceptation de l'être limité, aimé parce qu'il m'appelle à le créer, et qu'il se tourne avec moi vers le jour afin d'attester notre alliance.
L'extrême de la luxure touche parfois l'extrême de la chasteté exaltée.
La séparation des amants résulte ainsi de leur passion même, et de l'amour qu'ils portent à leur passion plutôt qu'à son contentement, plutôt qu'à son vivant objet.
La moitié du malheur humain se résume dans le mot d'adultère. Malgré toutes nos littératures - ou peut-être à cause d'elles justement - il peut sembler parfois qu'on n'ait encore rien dit sur la réalité de ce malheur.
C'est moins l'amour comblé que la passion d'amour. Et passion signifie souffrance. Voilà le fait fondamental.
L'amour heureux n'a pas d'histoire. Il n'est de roman que de l'amour mortel, c'est-à-dire de l'amour menacé et condamné par la vie même.