Œuvre
Journal intime (1948)
Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu'on lui fasse confiance.
L'oisiveté est le début de tous les vices, le couronnement de toutes les vertus.
Celui qui se suicide est le prisonnier qui, voyant que l'on dresse un gibet dans la cour, croit que c'est à lui qu'on le destine, s'évade la nuit de sa cellule, descend dans la cour et se pend lui-même.
Nous avons été chassés du Paradis, mais le Paradis n'a pas été détruit pour cela. Cette expulsion en quelque sorte est une chance, car si nous n'en avions pas été chassés, le Paradis aurait dû être détruit.
La vraie voie passe sur une corde tendue, non dans l'espace, mais à ras du sol. Elle semble plutôt destinée à faire trébucher qu'à être parcourue.
L'instant décisif de l'évolution humaine dure toujours. C'est pourquoi les mouvements spirituels et révolutionnaires, qui déclarent nul tout ce qui fut jadis, le font à juste titre, car rien encore ne s'est produit.
Le Bien, en un certain sens, est désolant.
Croire au progrès ne signifie pas croire qu'un progrès ait déjà eu lieu. Cela ne serait pas une croyance.
Il n'y a d'autre monde que le monde spirituel. Ce que nous nommons le monde sensible est le Mal dans le monde spirituel, et ce que nous nommons mal n'est que la nécessité de notre éternelle évolution.
Celui qui se suicide est le prisonnier qui, voyant que l'on dresse un gibet dans la cour, croit que c'est à lui qu'on le destine, s'évade la nuit de la cellule, descend dans la cour et se pend lui-même.