Œuvre

Journal d'un curé de campagne (1936)

La division des riches et des pauvres, ça doit répondre à quelque grande loi universelle. Un riche, aux yeux de l'Eglise, c'est le protecteur du pauvre, son frère aîné, quoi!
Un prêtre qui descend de la chaire de Vérité, la bouche en machin de poule, un peu échauffé, mais content, il n'a pas prêché, il a ronronné, tout au plus.
Je pensais à ces bestiaux que j'entendais tousser dans le brouillard et que le petit vacher, revenant de l'école, son cartable sous le bras, mènerait tout à l'heure à travers les pâtures trempées, vers l'étable chaude, odorante.
Il y aura toujours des pauvres parmi vous, pour cette raison qu'il y aura toujours des riches, c'est-à-dire des hommes avides et durs qui recherchent moins la possession que la puissance.
Quel homme de prières a-t-il pourtant jamais avoué que la prière l'ait déçu ?
Le monde du péché fait face au monde de la grâce ainsi que l'image reflétée d'un paysage, au bord d'une eau moire et profonde. Il y a la communion des saints, il y a aussi une communion des pécheurs.
Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d'enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre malheur.
Qu'est-ce que cela fait ? Tout est grâce.
Les petites choses n'ont l'air de rien, mais elles donnent la paix.
Son tort, ça n'a pas été de combattre la saleté, bien sûr, mais d'avoir voulu l'anéantir, comme si c'était possible.
Peut-être le vice est-il moins dangereux pour nous qu'une certaine fadeur ? Il y a des ramollissements du cerveau. Le ramollissement du coeur est pire.
Il faut construire sa vie très clairement comme une phrase à la française.
Mais que vous servirait de fabriquer la vie même si vous avez perdu le sens de la vie ?
Il y a certains silences qui vous attirent, vous fascinent, on a envie de jeter n'importe quoi dedans, des paroles...
Hélas ! on croit ne tenir à rien, et l'on s'aperçoit un jour qu'on s'est pris à soi-même à son propre jeu, que le plus pauvre des hommes a son trésor caché. Les moins précieux en apparence ne sont pas les moins redoutables, au contraire.
Il me semble qu'à la première conscience qu'il aurait de lui-même, l'homme retomberait en poussière.
Cette fuite oblique le long de la Vie comme à l'ombre étroite d'un mur, tandis que la lumière ruisselle de toute part.