Œuvre
Journal d'Hirondelle (2006)
Il y a des musiques qui obsèdent au point d'empêcher de dormir et même de vivre. Le cerveau les reprogramme en boucle, à l'exclusion de n'importe quelle autre forme de pensée.
En vérité, on passe son temps à lutter contre la terreur du vivant. On s'invente des définitions pour y échapper : je m'appelle machin, je bosse chez chose, mon métier consiste à faire ci et ça.
Certains sont assez malchanceux pour trouver l'amour de leur vie, l'écrivain de leur vie, le philosophe de leur vie, etc. On sait l'espèce de gâteux qu'ils ne tardent pas à devenir.
On n'est jamais si heureux que quand on a trouvé le moyen de se perdre.
Quel est le point commun entre le visage et les mains ? C'est le langage, que l'un parle et les autres écrivent.
Il y a des beautés qui sautent aux yeux et d'autres qui sont écrites en hiéroglyphes : on met du temps à déchiffrer leur splendeur mais, quand elle est apparue elle est plus belle que la beauté.
L'oreille est un point faible. Son absence de paupière se double d'un déficience : on entend toujours ce que l'on voudrait éviter d'entendre, mais on n'entend pas ce que l'on a besoin d'entendre.
Si le tueur à gages est le seul à commettre si souvent le crime parfait, c'est parce qu'on lui désigne des victimes dont il ignore tout.
J'avais besoin de mon assassinat quotidien comme d'autres de leur tablette de chocolat noir.
On peut être poignardé de plaisir, dans la rue, par un parfum porté par une personne non identifiée.