Œuvre

Interview de Sophie Marceau, Le Journal du Dimanche, le 24 juillet 2010, par Danielle Attali

Devenir adulte est un cap obligatoire. Il faut comprendre un jour que le feu, le danger, les maladies, c'est pour de vrai.
Jamais, je n'avais songé devenir actrice. J'étais plutôt timide, réservée, je n'aimais pas me faire remarquer. Mais vous savez, j'ai toujours été quelqu'un qui aime se remettre en question.
Star, ce n'est pas un truc coulé dans le béton. Ça dépend de tellement de choses. Et puis, c'est intéressant de penser que tout peut changer à tout moment.
Les humains ont, en général, peur du changement. Dans certains pays où il y a beaucoup moins de protection sociale qu'en France, on peut lire dans le regard des gens la peur de perdre ce qu'ils ont. C'est terrible.
Je ne suis pas quelqu'un à qui les choses arrivent facilement. D'ailleurs, je me sentirais vraiment mal si tout m'était tombé dessus sans efforts, sans avoir sacrifié autre chose. J'ai payé, j'ai donné, ainsi, j'ai moins de scrupules à recevoir. Je sais, c'est très judéo-chrétien. Mais on ne peut pas que prendre. Ça, je ne le supporterais pas.
Quand j'obtiens quelque chose, il y a un vrai travail derrière. C'est souvent laborieux. Il faut convaincre, discuter, batailler.
Et avoir 40 ans, c'est comme habiter dans le même appartement depuis autant d'années. A un moment, il faut faire un tri. Se réapproprier les objets pour ne pas être assujetti par eux. Qu'est-ce que je garde? Est-ce que j'ai vraiment besoin de ce truc? C'est aussi le moment où on se pose des questions sur ses amitiés, ses relations, où il est temps de remettre les choses à plat. Si on ne le fait pas, la vie s'en chargera et là… ça risque de faire très mal.
Je suis devenue adulte très jeune en effet, mais j'ai vraiment gardé mon âme d'enfant. Je crois que je n'ai pas encore très bien compris ce monde.