Œuvre

Fellini, Propos, Ed. Buchet/Chastel, 1980

Un homme n'épouse jamais son fantasme...
A ses origines, le cinéma était un phénomène de foire, et je le ressens toujours un peu ainsi.
Le mot réalisme ne veut rien dire. Dans une certaine mesure, tout est réaliste. Il n'y a pas de frontière entre l'imaginaire et le réel.
Chaque langue voit le monde d'une manière différente.
Il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la vie.
L'art est dans l'infini détail.
Mes films ne naissent pas sur une trame logique, mais sur une dimension d'amour
Je suis un homme comme tant d'autres qui est en train de vivre son expérience, un homme qui regarde autour de lui les choses avec humilité, respect, curiosité ingénue et surtout avec amour. De cet amour naissent la tendresse et la pitié que je ressens pour toutes les créatures que je rencontre. Je ne suis pas pessimiste et je ne veux pas l'être, mais ma prédilection va vers ceux qui souffrent le plus, qui sont victimes de la méchanceté, de l'injustice et du mensonge.
Je n'ai pas le courage de condamner qui que ce soit et je voudrais que le monde de mes intuitions et le don de mes expériences fussent utiles à tous. Les créatures de mes films sont toutes nées de ces contacts humains, des paroles que j'entends et que je recueille dans moi et hors de moi, et d'un besoin profond de répondre sans trahir leur espérance.
Il se pourrait que mon univers spirituel résidât dans ce désir instinctif de faire du bien à qui ne connaît que le mal, de n'abandonner personne dans le désespoir, de faire entrevoir à tous et toujours une espérance, la possibilité d'une vie meilleure et de découvrir chez tous, même chez les plus mauvais, un noyau de bonté et d'amour.
Quand dans mes films la charge lyrique de l'inspiration, qui est toujours un acte d'amour, me permet de faire se dessiner un sourire sur un visage en pleurs, de tendre la main à celui qui est sur le point de glisser dans la perdition, de montrer son chemin à celui qui s'est égaré, d'offrir un idéal à celui qui n'a rêvé que de phantasmes, quand j'arrive à dépouiller de leurs mensonges les aventures de la vie, alors j'ai l'impression de n'avoir trahi personne, de m'être fait du bien à moi, avant même d'en avoir fait aux autres.