Œuvre

« Faire la guerre sans l'aimer », III-IV-V, « Combat », 4, 5 et 6 octobre 1944, p. 1

Le monde aurait pu être simple comme le ciel et la mer.
Le monde aurait pu être simple comme le ciel et la mer. Et de regarder ses formes qui ne sont, devant moi, que celles d'un village abandonné, condamné; de regarder ces granges de Paradis et ces épingles à linge, ces feux éteints et ces puits, ces églantiers épars, ces ronces voraces qui peut-être dans un an auront tout recouvert, ces bêtes, ces arbres, ces maisons, je me sens devant un don inexplicable, – une apparition.
Une fois de plus Pascal me revient à la mémoire : « Qu'on s'imagine un grand nombre d'hommes dans les chaînes, et tous condamnés à mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables… C'est l'image de la condition des hommes. »