Œuvre

Essai sur les apparitions et opuscules divers (1912)

Il y a vraiment sur la terre de très beaux paysages ; mais les figures qui les peuplent sont toujours mauvaises ; aussi ne doit-on pas s'arrêter auprès d'elles.
Comme symbole d'effronterie et d'impertinence, il faudrait prendre la mouche. Tandis que tous les animaux, en effet, craignent l'homme au-dessus de tout et le fuient déjà de loin, la mouche, elle, se pose sur son nez.
L'appréciation de la grandeur intellectuelle d'un homme est en soi opposée à celle de la grandeur physique : celle-ci est rapetissée par la distance, celle-là accrue.
Il m'advient presque toujours parmi les hommes ce qui advenait à Jésus de Nazareth, quand il réveillait ses apôtres, tous constamment endormis.
Toute ma philosophie peut se résumer dans cette expression : le monde est l'auto-connaissance de la volonté.
Si j'étais roi, l'ordre que je donnerais le plus souvent et avec le plus d'insistance serait celui-ci : Laissez-moi seul !
La Suisse ressemble à un génie : belle et sublime, mais peu propre à porter des fruits nourrissants. Par contre, la Poméranie et la Marche du Holstein sont excessivement fertiles, mais plates et ennuyeuses, comme l'utile philistin.
Si seulement je pouvais me débarrasser de l'illusion de regarder les crapauds et les vipères comme mes égaux ! Cela me rendrait de grands services.
Quelle est la plus grande jouissance possible à l'homme ? - La connaissance intuitive de la vérité. - L'exactitude de la réponse ne souffre pas le moindre doute.
Me mêler aux querelles philosophiques de mon temps, cela m'entre aussi peu dans l'esprit que, quand je vois la populace se rosser dans la rue, je ne songe à descendre et à prendre part à la bagarre.
Mon époque et moi ne nous accordons pas ensemble, la chose est claire. Mais qui de nous deux gagnera le procès devant le tribunal de la postérité ?