Je n'étais pas boxeur, je n'étais pas beau, je n'étais pas chanteur, je n'étais pas danseur j'étais drôlement coincé la seul chose que j'ai pensé est que peut-être je pouvais être écrivain
Œuvre
Entretien sur France Culture avec Eric Laurent en juin 1975
10 citations · James Baldwin · sur Dicocitations ↗
Je voulais essayer de sauver ma famille, j'avais une seule arme, j'étais forcé, je n'avais pas autre chose, mais à cette époque-là, l'idée de devenir écrivain était si outrée, surtout d'où je viens. En étant écrivain je pouvais être professeur. Si je dois trouver un déclic c'est le jour où quand j'étais très jeune en rentrant j'ai trouvé ma famille dehors dans la neige. Alors j'ai décidé qu'il faut que j'achète une maison parce que à ce moment-là personne ne peut jeter ma famille dans la neige parce que c'est moi le propriétaire, j'avais 14 ou 15 ans.
Les deux rôles pour les noirs américains à cette époque pour les français c'était musicien ou GI. Or je n'étais ni GI ni musicien j'étais donc un peu douteux. J'étais douteux de toute manière car j'écrivais… « ho, ho celui-là il se prend pour écrivain … » et aussi je n'avais aucun moyen de vivre. Pendant 3 ans à Paris j'étais souvent dans la rue.
L'oppression est peut-être aujourd'hui plus ambiguë et compliquée mais très réelle. S'il y a une sorte d'arrangement cela ne masque pas la réalité du pouvoir. Le pouvoir reste exactement comme il était. Toutes les concessions des années soixante... regarde le résultat ! Cela n'est pas mystérieux, ce n'est pas parce que les Noirs seraient inférieurs. Ce n'est pas une question de race, c'est une question de classe.
Dès qu'on parle des noirs, vous tous devenez blancs
Je suis un témoin plus qu'un porte-parole
La vie est tragique, tout simplement parce que la terre tourne, parce que le soleil se lève et se couche inexorablement, et parce qu'un jour, pour chacun de nous, le soleil se couchera pour la toute dernière fois. L'origine de toutes les difficultés humaines se trouve peut-être dans notre propension à sacrifier la beauté de nos vies, a nous emprisonner dans des totems, tabous, croix, sacrifices de sang, clochers, mosquées, races, armées, drapeaux, nations afin de dénier que la mort existe, ce qui est précisément notre unique certitude.
Quand les choses vont mal dans mon pays, cela va encore plus mal pour les Noirs
À Paris, j'ai réussi à me débarrasser de tous les stéréotypes dont m'avaient infligé mes concitoyens. Et, une fois que vous vous en êtes débarrassé, c'est irréversible ! À Paris on me laissait tranquille - tranquille de devenir ce que je voulais devenir. Je pouvais écrire, penser, ressentir, marcher, manger, respirer librement. Aucune sanction ne venait frapper ces simples faits humains. Même lorsque je mourais de faim, c'était différent des États-Unis. Ici, c'était moi, Jimmy, qui mourait de faim et non l'homme noir que j'étais
Je suis né dans les années 20, c'était la grande dépression, la grande crise, et la pauvreté bien sûr était exagérée dans le cas d'une famille Noire. Quand les choses vont mal dans mon pays, cela va encore plus mal pour les Noirs. C'est pire pour eux. C'est toujours vrai d'ailleurs.