Œuvre
Emile ou De l'éducation (1762), II
Le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs.
Le sens de l'odorat est au goût ce que celui de la vue est au toucher; il le prévient, il l'avertit de la manière dont telle ou telle substance doit l'affecter, et dispose à la rechercher ou à la fuir, selon l'impression qu'on en reçoit d'avance.
Lecteurs vulgaires, pardonnez-moi mes paradoxes: il en faut faire quand on réfléchit; et, quoi que vous puissiez dire, j'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés.
Comme le premier état de l'homme est la misère et la faiblesse, ses premières voix sont la plainte et les pleurs.
En quelque étude que ce puisse être, sans l'idée des choses représentées, les signes représentants ne sont rien. On borne pourtant toujours l'enfant à ces signes, sans jamais pouvoir lui faire comprendre aucune des choses qu'ils représentent.
Tous les animaux ont exactement les facultés nécessaires pour se conserver. L'homme seul en a de superflues. N'est-il pas bien étrange que ce superflu soit l'instrument de sa misère?
Resserrez donc le plus qu'il est possible le vocabulaire de l'enfant. C'est un très grand inconvénient qu'il ait plus de mots que d'idées, et qu'il sache dire plus de choses qu'il n'en peut penser.
Nul de nous n'est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d'un enfant.
Il ne faut point être avare et dur, ni plaindre la misère qu'on soulager; mais vous aurez beau ouvrir vos coffres, si vous n'ouvrez aussi votre coeur, celui des autres vous restera toujours fermé.
La faiblesse et la domination réunies n'engendrent que folie et misère.
Employez la force avec les enfants, et la raison avec les hommes.
Le plus malheureux effet de la politesse d'usage est d'enseigner l'art de se passer des vertus qu'elle imite.