Œuvre
Discours de la méthode (1637)
Après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible.
C'est proprement ne valoir rien que de n'être utile à personne.
C'est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager.
Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien.
Ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s'en éloignent.
Il suffit de bien juger pour bien faire, et de juger le mieux qu'on puisse pour faire aussi tout son mieux.
Je me tiendrai toujours plus obligé à ceux par la faveur desquels je jouirai sans empêchement de mon loisir, que je ne ferais à ceux qui m'offriraient les plus honorables emplois de la terre.
Je mettais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté.
Je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent.
Je pense, donc je suis.
Je réputais presque pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable.
La lecture de tous bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée, en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées.
La philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses, et se faire admirer des moins savants.
La pluralité des voix n'est pas une preuve qui vaille rien, pour les vérités un peu malaisées à découvrir.
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ... La puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens, ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes.
Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus.
Lorsqu'on emploie trop de temps à voyager on devient enfin étranger en son pays.
Lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci.
S'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusque ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher.
Si cela pouvait être, je m'appliquerais sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions.
La puissance de bien juger, de distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens, ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes.
Il n'y a du plus ou du moins qu'entre les accidents, et non point entre les formes et natures des individus d'une même espèce.
J'estimais fort l'éloquence, et j'étais amoureux de la poésie.
Je comparais les écrits des anciens païens qui traitent des moeurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques qui n'étaient bâtis que sur du sable et sur de la boue.
Je n'ai quasi jamais rencontré aucun censeur de mes opinions qui me semblât ou moins rigoureux ou moins équitable que moi-même.