Œuvre

Des grives aux loups (1979)

Souviens-toi de la parabole des talents, Dieu te demandera un jour ce que tu as fait de ton fils !
Avec la guerre, ce n'étaient pas seulement un million trois cent mille hommes qui étaient morts, c'était toute une époque, un siècle même. Cela se décelait à mille détails flagrants, et chaque jour qui passait apportait la preuve qu'une ère nouvelle était en train de naître.
Vous deux, rien qu'à vous regarder, on sait que vous êtes comme les doigts d'une main ; mieux même, comme les yeux d'un visage, l'un ne tourne pas sans l'autre.
Quoi encore ? Il a vendu une vache laitière sans pis en jurant qu'elle ferait quand même ses douze litres par jour ?
C'est avec une véritable jouissance qu'il avait retrouvé, tout de suite, sans hésiter, ses gestes, ses habitudes, sa technique de laboureur. Avec un plaisir immense qu'il avait réentendu le chant, un peu gras et parfois crissant, de la terre qui se fend, s'ouvre, se love en sifflant contre le versoir. Avec une joie complète qu'il avait apprécié l'étalement luisant des sillons qu'il créait, qu'il accolait un à un, nets, droits, bien découpés.
Tu es belle, j'aime tes rides et je les connais toutes, elles sont tes décorations à toi.
Il se rappela soudain que Jacques l'avait prévenu, la veille, qu'on allait changer d'heure. Il n'avait rien compris à ce que lui avait expliqué son fils, mais avait annoncé que, de toute façon, le soleil et lui n'avaient rien à foutre de ce que décidaient les abrutis de Parisiens !
C'est important de savoir d'où on vient, ça donne des racines. Et on dira ce qu'on voudra, les racines, ça permet de bien se tenir fier et de bien résister aux tempêtes, aussi !
Changer d'heure ? Avait-il lancé, et puis quoi encore ? Ils pourraient demander à la lune de se lever à l'ouest tant qu ils y sont, ces ânes ! Ne compte pas sur moi pour me plier à cette couillonnade !
Assoupie dans le brouillard opaque qui sévissait depuis deux jours, la forêt perdait ses dernières feuilles. déjà, un mois plus tôt, au lendemain des premières gelées d'octobre, peupliers, charmes et frênes avaient pris leur silhouette d'hiver, grands squelettes grisâtres et griffus entre les bras desquels feulait le vent d'est comme un chat apeuré. Et maintenant pleuraient les chênes centenaires en de longs sanglots de feuilles brunes qui ruisselaient dans les gaulis avant de se noyer dans la houle rousse des fougères pétrifiées.
Assoupie dans le brouillard opaque qui sévissait depuis deux jours, la forêt perdait ses dernières feuilles. déjà, un mois plus tôt, au lendemain des premières gelées d'octobre, peupliers, charmes et frênes avaient pris leur silhouette d'hiver, grands squelettes grisâtres et griffus entre les bras desquels feulait le vent d'est comme un chat apeuré.
Et maintenant pleuraient les chênes centenaires en de longs sanglots de feuilles brunes qui ruisselaient dans les gaulis avant de se noyer dans la houle rousse des fougères pétrifiées.