Œuvre

Cool Memories (1980-1985)

La tristesse de l'intelligence artificielle est qu'elle est sans artifice, donc sans intelligence.
La séduction plonge dans la discrimination comme dans la prédestination. Le jour et la nuit n'ont pas à être égaux, ni une race égale à l'autre: elles ont à se séduire.
Il y a un pacte d'orgueil dans l'amour d'un couple, un pacte de gloire, au moins aussi fondamental que l'émotion sexuelle. Celle-ci s'épuise en silence dans les corps, le pacte, lui, ne peut être rompu que par la parole.
Si vous dites: je vous aime, c'est déjà le langage que vous vous mettez à aimer, c'est donc déjà une forme de rupture et d'infidélité.
Il n'y a aucun sens à refuser les honneurs - c'est en effet leur faire bien trop d'honneur. La seule stratégie est de faire en sorte qu'ils ne vous incombent jamais.
Il faut être à la fois totalement vital et totalement irréel.
La démocratie, c'est la ménopause des sociétés occidentales, la Grande Ménopause du corps social. Et le fascisme est leur démon de midi.
Communiquer ? Communiquer ? Il n'y a que les vases qui communiquent.
Il est difficile de remédier à notre propre tristesse parce que nous en sommes complices. Il est difficile de remédier à celle des autres parce que nous en sommes captifs.
La télé : chaque image y est un évanouissement sans lendemain.
Il faut se méfier des traîtrises du langage. La langue de bois dit en général le contraire de ce qu'elle pense. Elle dit ce qu'elle pense en secret, par une sorte d'humour involontaire. Et le sigle SOS en fait intégralement partie.
L'espace est ce qui fait que tout n'est pas à la même place. Le langage est ce qui fait que tout ne signifie pas la même chose.
La télévision ne connaît pas la nuit. Elle est le jour perpétuel.
Il faut une infinité de temps devant soi pour commencer à réfléchir, une énergie infinie pour prendre la plus petite décision.
On ne peut distinguer le sublime de l'agréable que parce que le souvenir vous en serre le coeur.