Œuvre

Bâtons, chiffres et lettres (1950)

La grande histoire véritable est celle des inventions...
Un empereur changea les moeurs des Chinois en modifiant la langue, voilà qui me paraît fort possible. Il y a une force du langage, mais il faut savoir où l'appliquer ...
Encore une fois, l'orthographe est plus qu'une mauvaise habitude, c'est une vanité.
Il n'y a pas plus puriste que l'argotier. Ni plus jaloux. Un argotier trouve toujours plus argotier que lui.
On se perd en conjectures sur les manoeuvres auxquelles se livrèrent les australopithèques (par exemple) pour empêcher leurs rejetons imberbes d'acquérir la fonction du langage et la capacité d'inventer des outils.
Dans sa recherche de la pureté, le poète détruit les choses, lui aussi, à travers les mots. L'image est pour ainsi dire un bris de vocables.
Péguy, il ne faut pas qu'il la ramène (comme il aurait dit dans ses bons moments): il le fait drôlement à la populaire, et souvent; le chiqué ne manque pas chez lui.
Mon intention n'était vraiment que de faire des exercices, le résultat, c'est peut-être de décaper la littérature de ses rouilles diverses, de ses croûtes.
Il faut bien reconnaître, d'ailleurs, que le livre n'est pas un objet particulièrement bien inventé: il attire la poussière, il se déglingue facilement, il est fragile et pas pratique ...
Mais qu'est-ce que le français ? Et qui parle le français ? Les Français qui s'adressent aux Français et non les grammairiens aux grammairiens.
On a beau faire des élections, des enquêtes, des plébiscites, des gallups, on n'arrive pas à se décider.
Pour que la pantoum soit parfait, il faut que du commencement à la fin deux sens soient poursuivis parallèlement, l'un dans les deux premiers vers de la strophe, l'autre dans les deux derniers.