Œuvre

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)

Conversation des feuilles dans les arbres: elles parlent du vent - sujet qui les agîte.
Les épingles à cheveux ébouriffent les chauffeurs pressés.
Le froid est un être subtil; il mord, coupe, pénètre ou pique. Le chaud est une brute qui se contente d'assommer.
Enfermer un nomade entre quatre murs c'est mettre le vent en boîte.
Lorsqu'on fait de l'immensité son dieu, marcher devient liturgie.
Drapeaux aux fenêtres: linge sale des Etats.
Les lampadaires sont les béquilles du soir qui tombe.
J'aime les trains: ils suivent un chemin de fer.
Les flottes de l'orage mettent en déroute les voiles des cumulus.
Muraille de Chine: travail de Titan mené par des fourmis pour se précautionner des monstres.
Epine des oursins, pinces des crabes, rostres, coquilles et pointes des crustacés: le fond de la mer, ce tapis de fakir.
La neige: les éclats brisés du silence céleste.
Refuser de voir que l'Allemagne est un lion: la politique de l'Autriche.
Piqûre de méduse: la mollesse dangereuse.
Un crabe épris de droiture se refusait d'avancer.
Sur l'étal: les poissons sont les tripes de l'océan qu'on vide.
La neige tombe en pattes de chats.
Dans la boîte en bois, les cigares alignés attendent la montée au feu.
La nuit est le pompier des incendies du ciel.
Vin: le fruit est dans le verre.
Une régate de femmes voilées sur le trottoir d'une ville d'Islam.
Si Dieu n'existait pas, le dos du cheval n'épouserait pas si bien la forme de la selle.
Les Mongols on l'oeil fendu pour mieux pouvoir regarder les plaines.
Un cheval pur-sang, mort de septicémie.
Le jour est le voile que nous jettent les étoiles, lassées qu'on les observe.