Œuvre

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

Ce sont les pensées qui viennent comme portées sur des pattes de colombes qui dirigent le monde.
Le corps est une grande raison, une pluralité avec un sens unique, une guerre et une paix, un troupeau et un pasteur. Instrument de ton corps est aussi ta petite raison, mon frère, que tu nommes esprit, petit instrument et jouet de ta grande raison.
Ton corps et sa grande raison, qui n'est je en parole mais je en action.
J'aime ceux qui ne cherchent pas, derrière les étoiles, une raison pour périr ou pour s'offrir en sacrifice; mais ceux qui se sacrifient à la terre, pour qu'un jour la terre appartienne au Surhomme.
Il est vrai que nous aimons la vie, mais ce n'est pas parce que nous sommes habitués à la vie, mais à l'amour.
L'homme qui cherche la connaissance ne doit pas seulement savoir aimer ses ennemis, mais aussi haïr ses amis.
J'aime tous ceux qui sont comme de lourdes gouttes tombant, une à une, du nuage sombre suspendu au-dessus des humains : ils annoncent la venue de la foudre et périssent, annonciateurs.
Il faut apprendre à s'aimer soi-même, c'est ma doctrine, d'un amour entier et sain, afin de demeurer fixé en soi au lieu de vagabonder en tous sens.
Volupté : pour les coeurs libres, innocente et libre, paradis terrestre, effusion reconnaissante de l'avenir envers le présent.
L'enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.
Tu dois devenir l'homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même.
L'homme est une corde tendue entre la bête et le Surhomme, une corde au-dessus d'un abîme. Danger de franchir cet abîme, danger de se mettre en route, danger de regarder en arrière, danger d'être saisi d'effroi, danger de s'arrêter soudain.
Celui qui un jour veut apprendre à voler, celui-là doit d'abord apprendre à se tenir debout et à marcher et à courir, à grimper et à danser - ce n'est pas du premier coup d'aile que l'on conquiert l'envol !
Beaucoup de brèves folies, - c'est là ce que vous appelez l'amour. Et votre mariage met fin à beaucoup de brèves folies, par une longue sottise !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.
Apprendre à détourner les yeux de soi-même pour voir beaucoup de choses - cette dureté est nécessaire à tous ceux qui gravissent des montagnes.
Il faut que tu veuilles brûler dans ta propre flamme : comment voudrais-tu redevenir neuf si tu n'es pas d'abord devenu cendre !
Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante.
J'aime celui dont l'âme se dépense, celui qui ne veut pas qu'on lui dise merci et qui ne restitue point : car il donne toujours et ne veut point se conserver.
C'est une joie enivrante pour celui qui souffre de détourner les yeux de sa souffrance et de s'oublier.
J'ai trouvé plus de danger parmi les hommes que parmi les animaux.
Et vous me dites, amis, que « des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter ». Mais toute vie est lutte pour les goûts et les couleurs !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.