Œuvre

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)

Il y a toujours un peu de folie dans l'amour. Mais il y a toujours un peu de raison dans la folie.
Avez-vous jamais dit oui à une joie? O mes amis, alors vous avez aussi dit oui à toutes les douleurs. Toutes choses sont enchaînées, enchevêtrées, unies par l'amour...
L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu'avez-vous fait pour le surmonter?
Innocence est l'enfant, et un oubli et un recommencement, un jeu, une roue qui d'elle-même tourne, un mouvement premier, un saint dire Oui. Oui, pour le jeu de la création, mes frères, il est besoin d'un oui sacré.
La joie des petites méchancetés nous épargne mainte grande mauvaise action.
Et garde-toi des bons et des justes! Ils aiment à crucifier ceux qui s'inventent leur propre vertu, - ils haïssent le solitaire.
Il y a des hommes à qui tu ne dois pas donner la main, mais seulement la patte: et je veux que la patte ait aussi des griffes.
L'homme doit être élevé pour la guerre et la femme pour le délassement du guerrier: tout le reste est folie!
Tous les dieux sont morts: nous voulons, maintenant, que le surhumain vive!
Vouloir délivre.
Il fait nuit: voici que s'élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes: et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.
Ils ne sont pas non plus assez propres pour moi: ils troublent tous leurs eaux pour les faire paraître profondes.
Etre véridique: peu de gens le savent! Et celui qui le sait ne veut pas l'être!
Ce qui a son prix a peu de valeur.
La vie est une source de joie: mais pour celui qui laisse parler son estomac gâté, le père de la tristesse, toutes les sources sont empoisonnées.
Je trace des cercles autour de moi et de saintes frontières; il y en a toujours moins qui montent avec moi sur des montagnes toujours plus hautes.
L'homme a besoin de ce qu'il y a de pire en lui s'il veut parvenir à ce qu'il a de meilleur.
Il vaut mieux encore rompre le mariage que de se courber et de mentir.
Les femmes sont une propriété, un bien qu'il faut mettre sous clé, des êtres faits pour la domesticité et qui n'atteignent leur perfection que dans la situation subalterne.
Un homme labyrinthique ne cherche jamais la Vérité, il ne cherche jamais que son Ariane, quoi qu'il puisse nous dire.
Car rêver de la vie, c'est justement ce que j'appelle: «être éveillé».
Les remords poussent à mordre. Mais ce qu'il y a de pire, ce sont les pensées mesquines.
Le bonheur me court après. Cela vient de ce que je ne cours pas après les femmes. Or, le bonheur est une femme.
En ceci que je considère le monde comme un jeu divin par-delà le bien et le mal, j'ai pour précurseurs la philosophie de Vedanta et Héraclite.
Ce sont les mots les plus silencieux qui amènent la tempête. Des pensées qui viennent sur des pattes de colombes mènent le monde.