Œuvre

Adrienne Mesurat (1927)

Parfois un rayon perçait les nuages qui s'étendaient à travers le ciel et glissait un instant sur les ardoises du toit; la jeune femme tendait alors son regard pour suivre le jeu de ce miroitement fugitif.
Il avait le visage fermé des gens chez qui l'étonnement a coupé net l'élan de la fureur et qui dévorent leur rage en silence.
D'autres fusées partirent, les unes en gerbes d'argent, celles-ci en spirales aux courbes de plus en plus larges comme un ressort détendu, celles-là toutes droites et qui, tout d'un coup, éparpillaient dans les étoiles une infinité de petits points d'or.
Elle vit l'effroi sur le visage de sa soeur et s'en sentit gagnée par une sorte de panique.
Certaines semblent impossibles à vivre. Il faudrait pouvoir les sauter, les omettre et rejoindre la vie un peu plus loin.
Avec la superstition des âmes que la solitude a rendues farouches, elle s'imaginait confusément que tous les actes de sa vie étaient prescrits d'avance par une volonté inconnue.
Elle éprouva brusquement un sentiment jusqu'alors inconnu: l'indifférence complète de tout à l'égard de ce qui se passait en elle, l'indifférence de cette église et de cette place à sa douleur.
Ce qu'elle disait était difficilement intelligible, mais le ton détaché, indifférent de ses propos contrastait avec une certaine volubilité.
Une horrible frayeur la saisit et, sans savoir comment, à peu près comme si elle eût été jetée dans le noir par une force irrésistible, elle se rua vers l'escalier.
Vous ne savez pas qu'entre les choses qu'on dit quelquefois et celles qu'on pense... Enfin, cet homme avait peut-être une raison pour vous dire non comme cela. Et puis ça peut n'être qu'une parole en l'air.