Œuvre

A l'est d'Eden (1952)

Le péché est chose curieuse, observa Samuel. Si un homme devait se dépouiller de tout ce qu'il possède, je crois qu'il ferait en sorte de conserver quelques petits péchés pour son propre tourment. Ce sont les dernières choses que nous abandonnons.
Il y a un meurtrier en chacun de nous, dit le shérif. Trouvez la détente et le coup partira.
Une vérité incroyable peut faire plus de mal qu'un mensonge.
Certaines gens croient que c'est insulter la splendeur de leur maladie que d'aller mieux.
Chaque enfant croit inventer le péché. Nous croyons que l'on nous enseigne la vertu et que le péché naît en nous.
J'ai remarqué qu'il n'y avait pas de pire insatisfaction que celle du riche. Gavez un hommme, cousez d'or ses vêtements, installez-le dans un palais, et il mourra de désespoir.
On ne peut comprendre les gens que si on les sent en soi-même.
Dans toutes ces tragédies de petite envergure, le temps agit comme un chiffon mouillé sur une aquarelle. Les traits s'émoussent, la douleur s'évanouit, les couleurs se mélangent et les lignes jadis distinctes na forment plus qu'une masse grise.
Il y a un meurtrier en chacun de nous. Trouvez la détente et le coup partira.
Il n'y a rien de plus triste qu'une amitié qui ne tient plus que par la colle des timbres-poste. Quand on ne veut plus voir, entendre, ou toucher un homme, il vaut mieux rompre les amarres.
Une histoire, si elle veut être grande et se perpétuer, doit toucher chacun de nous. L'étrange, l'étranger ne nous touchent pas. Nous voulons des faits profondément personnels et familiers.
Soudain, il comprit que la joie et la peine sortent du même creuset. Le courage et la peur ne sont qu'une même chose.
N'oubliez pas que le monstre n'est qu'une variante et que, aux yeux du monstre, le normal est monstrueux.
Lorsqu'une idole tombe, ce n'est pas à moitié, elle s'écrase et se brise ou s'enfouit dans un lit de fumier. Il est difficile alors de la redresser et, même réinstallée sur son socle, des taches ineffaçables dénoncent la chute passée.
J'espère que vous savez ce que vous risquez en ouvrant les écluses de mon verbe ? Il y a deux façons de voir: l'homme silencieux est sage ou bien l'homme qui ne dit rien ne pense rien.
Certains hommes éprouvent de l'amitié pour tout le reste du monde et certains autres se haïssent eux-mêmes et étalent leur haine autour d'eux comme du beurre sur du pain chaud.
Certaines gens croient que c'est insulter la splendeur de leur maladie que d'aller mieux. Mais l'emplâtre du temps ne respecte aucune splendeur. Chacun peut guérir s'il prend le temps d'attendre.
Nul récit n'a de puissance, nul ne laisse de trace, si nous ne sentons pas qu'il s'agit de nous-mêmes. Quel fardeau de culpabilité portent les hommes !
Peut-être le savoir est-il trop grand, mais peut-être aussi l'homme devient-il trop petit. Peut-être qu'à force de s'agenouiller devant les atomes il finit par avoir une âme de la taille de ce qu'il adore.
Peut-être le spécialiste n'est-il qu'un lâche qui a peur de regarder le monde extérieur à sa petite cage. Pensez à ce qu'il perd, votre spécialiste: le monde entier qui palpite de l'autre côté de sa clôture.
C'est admirable ! Chaque fois que quelqu'un veut se rassurer, il demande à un ami de partager son opinion. Ca revient à demander à un boucher si sa viande est bonne.
La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure.
Je trouve qu'il n'y a rien de plus triste qu'une amitié qui ne tient plus que par la colle des timbres-poste.
Pour dire d'un homme qu'il fut heureux, attendez qu'il ait tourné sa dernière page.
J'ai remarqué qu'il n'y avait pas de pire insatisfaction que celle du riche. Gavez un homme, cousez d'or ses vêtements, installez-le dans un palais, et il mourra de désespoir.