Quel désespoir pour une mère de n'avoir pas de nouvelles de son enfant !

À lire aussi de Santiago Amigorena

On est jaloux parce que lorsqu'on aime et qu'on est aimé en retour jamais on ne possède totalement l'objet de notre amour.
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.
Le désespoir nous interdit d'espérer, mais il n'a jamais empêché les événements de continuer d'advenir sans qu'on les espère. Et dans la vie comme dans les dédales seuls les détours ont un sens.
La jalousie n'a pas besoin de rival réel : elle est la plus forte manifestation, dans l'amour, de ce moi qui veut l'identité contre la différence, de ce moi qui résiste, amoureusement, au Deux. Celui qui n'a jamais aimé et qui n'a jamais été aimé croit que la possession se fait contre le possédé, en lui ôtant sa puissance, et il peut être jaloux tout seul ; celui qui soit a été aimé soit a aimé croit que la jalousie ne fait pas partie de l'amour ; seul celui qui a aimé en étant aimé sait que la jalousie fait partie de l'amour, qu'elle montre que la possession est le but de l'amour et que ce but ne peut jamais être atteint
Dans le désespoir amoureux, dans cet état plutôt qu'on appelle désespoir et dans lequel on ne cesse d'espérer ce qui ne peut arriver, tournés vers le passé, nous croyons continuellement à la puissance du possible. Ce n'est que dans la souffrance la plus radicale, celle que peut provoquer la mort d'un enfant, la faim, la misère de la guerre, que le désespoir est réel : l'homme ne cesse de vivre tourné vers le futur, mais la force de l'avenir, la beauté de ce qui n'est pas, n'est plus source de vie ni de joie.
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Dans la même œuvre

J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire. J'ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient
Est-ce qu'un Juif qui n'est pas croyant est aussi juif qu'un Juif qui a la foi ? Est-ce qu'un Juif dont les parents ou les grands-parents ne sont pas tous juifs est vraiment juif ? Faut-il admettre qu'il existe une « troisième race », ou les Juifs « partiels », les « quart-Juifs » et les Juifs « à demi et aux trois quarts » sont-ils aussi nocifs que les Juifs « entiers » ?
Et qu'est-ce qu'un Juif qui n'a pas l'air juif, qui n'a pas l'air retors, qui n'a pas les cheveux noirs, qui n'a pas le nez crochu ? Et que dire des Juifs convertis au christianisme ou des Juifs qui ont épousé une Allemande ou des Juives qui ont épousé un Allemand ? Ne jamais savoir réellement ce qu'était au juste cette qualité – ou, comme dirait un antisémite (ou un Juif qui a de l'humour), ce défaut – n'allait pourtant pas empêcher l'administration nazie de réfléchir à comment exproprier les Juifs, puis à comment les concentrer, puis à comment les déporter, puis, enfin, à comment les exterminer.
Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n'était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient.
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.