On s'aimait ici, parce qu'on s'était toujours aimés ici, parce que l'embargo avait été levé et qu'un air grisant soulevait les cœurs, Hanoï 2000, jamais ils n'ont revécu cela. Les nouveau-nés débarquaient avec les produits étrangers, ils étaient accueillis avec autant d'enthousiasme, ils jouissaient d'une nouvelle paix, d'une nouvelle ère.

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C'était moi, il fallait me voir, ce soir-là, j'étais folle et merveilleuse d'être aimée, d'aimer...
Il n'y avait rien, au Vietnam : pas d'électricité, pas d'eau potable, ni de savon, de dentifrice, de chaussures pour les gens, pas de frigidaire, pas d'ustensiles de cuisine, rien. Ils vivaient dans le dénuement et la crasse. Ils ne s'en rendaient pas compte : ils n'avaient rien pour comparer. Ça avait toujours été ainsi. Les journaux les encourageaient : ils étaient les meilleurs, tout prospérait, le pays perçait, leur progrès effrayait. C'était fabuleux ! C'était la gloire !
Oui je suis une étrangère au Vietnam, une étrangère en France, une étrangère en ... mais Paris, je te connais, et tu ma connais bien aussi maintenant, nous nous sommes en peu fait mal, mais tu m'aimes, non ? moi je t'aime. C'est ici aussi, la vie.
Maintenant, c'est ici que nous vivons, sur notre corps maigre que nous choisirons de muscler, dans cette vie grise que nous choisirons de colorer. Maintenant, nous choisirons de comprendre, de regarder, d'accepter, de recommencer, de façonner à notre manière; maintenant, nous ne serons plus victimes des étourdissements, nous saurons... Maintenant, nous n'avons plus dix ans. Maintenant, nous n'avons pas pu finir d'être enfant, maintenant, nous avons raté l'adolescence, maintenant, nous allons vivre à notre façon.
De l'aube au crépuscule, les paysans bêchent le sol, ramassent les herbes, cueillent les fruits, guident les buffles, récoltent le riz… Ils sont courbés sur cette terre dont ils dépendent. Chaque rendement est une victoire. Ils ont sous leurs pieds le travail et son gain. Le bonheur est présent car le sol est généreux, les voisins sympathiques.
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Dans la même œuvre

On enterre les gens dans une tombe à leur taille pendant trois ans, au Vietnam. Puis, ce délai passé, la chair évaporée, on transvase dans un coffret plus chétif ce qu'il reste du corps : les os. Les cimetières sont donc faits de petits coffrets d'os. Ce sont eux qui demeurent, singuliers. Le premier cercueil est temporaire, public, il ne sert qu'à désosser et reçoit, tous les trois ans, différents morts. C'est un lieu de repos passager. Ensuite, dans l'unique boîte, il n'y aura plus que les os propres, comme si la chair importait peu, modifiable telle qu'elle est le long d'une vie, tantôt fraîche, tendre, lisse, tantôt ridée, malade, tavelée, tantôt douce, serrée, tantôt rêche, distendue, tantôt cisaillée tantôt… À la fin, il n'y a plus que les os qui s'entrechoquent.
Tu as guéri. Tu as retrouvé un corps de vivant, un cœur de vivant, un visage de vivant. La mort est partie. La petite fille est revenue. Et tu as décidé, en ce retour, parce que tu pouvais enfin marcher et vivre, de te rendre toi-même sur les lieux de ton enfance - ceux que tu avais perdus, ce qui t'avait tué. Tu avais dix-sept ans alors, à peine, et tu as pris l'avion, seule, pour retourner à Hanoï.
Maintenant, c'est ici que nous vivons, sur notre corps maigre que nous choisirons de muscler, dans cette vie grise que nous choisirons de colorer. Maintenant, nous choisirons de comprendre, de regarder, d'accepter, de recommencer, de façonner à notre manière; maintenant, nous ne serons plus victimes des étourdissements, nous saurons... Maintenant, nous n'avons plus dix ans. Maintenant, nous n'avons pas pu finir d'être enfant, maintenant, nous avons raté l'adolescence, maintenant, nous allons vivre à notre façon.
Les matins devenaient bisques, miels, blés, blonds. La vie allait pouvoir commencer.
Elles veulent mourir vivantes, elles veulent vivre mortes.