Depuis le temps que ça gonfle cette violence, cette onde destructrice, cette énergie brûlante qui sort d'on ne sait où ; tous ces morts dans le lagon qui vont se réveiller aujourd'hui et nous hurler à la face jusqu'à ce qu'on devienne fou. Depuis le temps qu'on prédit la guerre, qu'on guette le bruit des armes à feu et les cris des bêtes sauvages.
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On a beau se dire qu'on fait des enfants pour qu'ils puissent s'envoler et être heureux, on ne veut que les retenir, être les seuls à leurs yeux, qu'ils ne coupent jamais le cordon, qu'ils aient encore besoin de nous.
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L'inconscience n'oublie jamais.
Elle s'efforce d'être ici, un peu, assez mais pas trop, et c'est comme si elle était une stagiaire dans sa propre existence, en attendant d'y être confirmée.
Je n'ai rien inventé de tout cela, j'ai volé ici et là, j'ai mélangé, ça prend, ça prend pas. Chaque fois je me dis que cette fois-ci ce butinage ne va pas marcher, qu'on va se rendre compte que je ne suis qu'une tricheuse, une voleuse de vie, une pie de mots.
De là où je vous parle ,ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu'il suffira d 'un rien pour qu'il s'embrase .
Dans la même œuvre
Je passe ma vie à chercher les mots justes, les mots qui ne veulent pas dire quelque chose d'autre, qu'on ne pourrait remplacer par un synonyme parce que sinon tous les mots finiraient par dire la même chose.
À côté d'eux, il y a une vieille dame avec un visage très doux. Parfois l'âge réussit cela, au lieu de creuser les traits, il les adoucit, les rides font des sourires aux yeux, la peau devient duveteuse et douce comme celle d'un bébé avec simplement les sillons en plus, les paupières se sont un peu affaissées sur les yeux mais juste assez pour effacer la dureté du regard.
Avec l'âge, je deviens superstitieuse. Je m'accroche, je me rassure des hasards, je me fabrique des gris-gris avec les heures qui passent, des porte-bonheur avec les matins bleus et je me dis que l'orage viendra laver les regrets.
J'avais trente ans à ce moment-là, et je pensais souvent à la mort aussi, comme une adolescente. Non pas que j'étais particulièrement malheureuse, non. Je trouvais l'idée de mourir jeune assez séduisante. Dire stop, avouer que l'avenir fait trop peur et que je n'ai pas trouvé la recette pour sautiller gaiement tous les jours. Je ne sais plus qui a dit que nous naissons tous en croyant à tort être ici sur terre pour être heureux.
Je ne sais plus qui a dit que nous naissons tous en croyant à tort être ici sur terre pour être heureux.