Mon père ne m'avait jamais dit: « Je t'aime » et pourtant il existait, bien palpable, sous-jacent, cet amour entre nous. Comme un chat silencieux qui vient se frotter et dont on sent la caresse aller et venir sur la peau nue.

À lire aussi de Marie Griessinger

Dans un murmure. Un balbutiement. Un « Je t'aime » à peine audible et pourtant si puissant, comme si son cœur m'avait parlé directement, sans passer par la bouche, et surtout sans passer par son cerveau... Un « Je t'aime » qui vient du coeur, directement, sans déformation, sans arrière-pensée, sans fard.
Je me demande jusqu'à quel point une maladie peut s'acharner sur un être. Je me demande pourquoi c'est mon père qui subit ça. Je ne sais plus quoi faire. Je ne fais plus rien pour lui. Je ne peux plus rien faire. J'essaie de vivre normalement. Je me dis que c'est la seule façon de survivre. J'oublie. Je me souviens. J'ai la tristesse cachée derrière la joie.
Nous ne parlons jamais de nous. Jamais. Les timides ne savent pas parler d’eux-mêmes. Ils ne peuvent pas. Ils parlent de la pluie et du beau temps. Ils laissent l’autre s’exposer, être dans la lumière. Un timide ne brille jamais plus que dans l’ombre.
Il y a quelque chose que j’aimerais dire à tous les bienheureux, tous ceux qui ont la chance d’avoir un père vaillant, un père qui peut prononcer leur nom, se lever, marcher avec eux, j’aimerais leur dire : « Fermez ce livre, ce plaisir solitaire du livre, vous avez toute la vie pour être seuls face à un livre, et sortez, descendez dans la rue, videz les artères des immeubles, répandez-vous sur les chemins en une hémorragie de fils et de filles, suivez le bruit de votre cœur qui bat et courez le retrouver.»
Le cerveau n’a rien à voir avec l’amour.
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Dans la même œuvre

Et à chaque fois qu'il entre dans la cour de mon immeuble, il abîme le pare-chocs. À la fin des vacances, le pare-chocs ne tient plus qu’avec du scotch ®. Nous avons tellement ri en le voyant partir à l'aéroport avec la voiture recouverte de scotch ®. Et lui aussi a ri.
Je me dis que peut-être l'insouciance, c'est quelque chose qu'on a jusqu'à un certain âge, et que lorsqu'on la perd, on ne la retrouve plus jamais.
Le bonheur était là, simplement, dans la monotonie de notre vie, dans sa douce quiétude, dans cette vie que toi, mon père, avais construite, et qui convenait si bien à mon enfance.
Je me demande jusqu'à quel point une maladie peut s'acharner sur un être. Je me demande pourquoi c'est mon père qui subit ça. Je ne sais plus quoi faire. Je ne fais plus rien pour lui. Je ne peux plus rien faire. J'essaie de vivre normalement. Je me dis que c'est la seule façon de survivre. J'oublie. Je me souviens. J'ai la tristesse cachée derrière la joie.
Les pères savent que les paysages sont encore plus beaux quand on les regarde avec ceux qu'on aime.