Nous ne parlons jamais de nous. Jamais. Les timides ne savent pas parler d’eux-mêmes. Ils ne peuvent pas. Ils parlent de la pluie et du beau temps. Ils laissent l’autre s’exposer, être dans la lumière. Un timide ne brille jamais plus que dans l’ombre.

À lire aussi de Marie Griessinger

On a posé un voile sur notre vie, comme quand on pose des draps blancs sur les meubles des maisons de vacances. Pour que tout soit en place quand revient l'été. Pour que rien ne s'abîme.
Le bonheur était là, simplement, dans la monotonie de notre vie, dans sa douce quiétude, dans cette vie que toi, mon père, avais construite, et qui convenait si bien à mon enfance.
Mon père n'était pas parfait. Il l'est devenu le jour où il a arrêté de parler, d'être froid, de toujours donner raison à ma mère, de me contredire. Ce jour où mon père est devenu invalide, je l'ai mis sur un piédestal. Mais ce sont toutes ses imperfections qui me manquent.
Je me demande jusqu'à quel point une maladie peut s'acharner sur un être. Je me demande pourquoi c'est mon père qui subit ça. Je ne sais plus quoi faire. Je ne fais plus rien pour lui. Je ne peux plus rien faire. J'essaie de vivre normalement. Je me dis que c'est la seule façon de survivre. J'oublie. Je me souviens. J'ai la tristesse cachée derrière la joie.
Dans un murmure. Un balbutiement. Un « Je t'aime » à peine audible et pourtant si puissant, comme si son cœur m'avait parlé directement, sans passer par la bouche, et surtout sans passer par son cerveau... Un « Je t'aime » qui vient du coeur, directement, sans déformation, sans arrière-pensée, sans fard.
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Dans la même œuvre

Et à chaque fois qu'il entre dans la cour de mon immeuble, il abîme le pare-chocs. À la fin des vacances, le pare-chocs ne tient plus qu’avec du scotch ®. Nous avons tellement ri en le voyant partir à l'aéroport avec la voiture recouverte de scotch ®. Et lui aussi a ri.
Je me dis que peut-être l'insouciance, c'est quelque chose qu'on a jusqu'à un certain âge, et que lorsqu'on la perd, on ne la retrouve plus jamais.
Le bonheur était là, simplement, dans la monotonie de notre vie, dans sa douce quiétude, dans cette vie que toi, mon père, avais construite, et qui convenait si bien à mon enfance.
Je me demande jusqu'à quel point une maladie peut s'acharner sur un être. Je me demande pourquoi c'est mon père qui subit ça. Je ne sais plus quoi faire. Je ne fais plus rien pour lui. Je ne peux plus rien faire. J'essaie de vivre normalement. Je me dis que c'est la seule façon de survivre. J'oublie. Je me souviens. J'ai la tristesse cachée derrière la joie.
Les pères savent que les paysages sont encore plus beaux quand on les regarde avec ceux qu'on aime.