Aujourd'hui il me semble que nous aurions persisté moins longtemps dans cette exaltation, si une partie au moins de la police, à commencer sans doute par son ministre, n'avait partagé notre rêve, même si elle devait l'envisager de son côté comme un cauchemar. Je n'en veux pour preuve que l'insistance avec laquelle certains inspecteurs, lors des interrogatoires qu'il nous arrivait de subir, nous demandaient, et pas sur le ton de la plaisanterie, ce que nous ferions d'eux après la révolution, ajoutant parfois que nous aurions besoin d'une police forte, expérimentée, et que le mieux serait de nous appuyer sur celle qui existait auparavant. Aussi aveugles que nous quant aux chances de succès de nos entreprises, les policiers qui nous tenaient ce langage manifestaient du moins, quant à l'essence même de la révolution, une lucidité dont nous étions incapables.
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Malgré quelques tentatives de restauration, dans les années 1950 et 1960 - presque toujours lamentables sur le plan de l'architecture intérieure et de la décoration -, le Seconde Guerre mondiale a bel et bien consommé la disparition des grands paquebots de lignes. Avant de s'offrir aux torpilles et aux bombes, avant de disparaître dans les eaux glacées ou dévorés par les flammes, quelques-uns se couvrent fort à propos de stupéfiantes peintures de guerre, sous prétexte de tromper l'ennemi sur leur identité, leur taille ou leur vitesse, et c'est ainsi qu'ils nous émeuvent le plus, détournés brutalement de leur destination luxueuse et mondaine, tout peinturlurés, armés pour de titaniques catastrophes.
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La première fois que je vis danser Joséphine, sur la piste du casino de La Rochelle, je découvris qu'elle dansait beaucoup moins comme une noctambule que comme un petit enfant. Plus précisément comme un enfant qui danserait seul, dans une demi-obscurité, pour lui-même et non pour qu'on le voie, un soir de noces, après que les adultes ont déserté la piste. Jamais peut-être je ne l'ai vue aussi belle, aussi déchirante, si légère, et comme embarrassée de cette légèreté - comme si même cette légèreté était encore trop lourde à porter - qu'elle donnait en même temps l'impression d'être près de tomber et de ne tenir à la terre que par un fil.
Un soir nous étions installés tous les trois, bien lestés d'alcool et de toxiques divers, devant l'entrée de l'habitat rupestre. Le gueux s'éloigna pour procéder à l'inspection de quelque chose qui clochait avec sa voiture. Sally me fit entrer dans la maison, m'y prodigua des marques d'affection, attira mon attention sur une carabine Winchester posée sur le manteau de la cheminée. Elle m'invita à vérifier qu'elle était en ordre de marche. Incapable, comme on l'a vu, de résister à ses injonctions, et conscient toutefois de ce qu'impliquait presque nécessairement cet enchaînement de gestes, j'actionnai la poignée qui caractérise ce type d'armes et fis monter une balle dans le canon. Jamais Sally ne m'avait couvé d'un regard aussi tendre. Pendant que je m'employais à ces préparatifs, le transistor qui grésillait dans un coin de la pièce annonça la chute de Saigon, et cela me fit autant d'effet que s'il s'était agi du résultat d'un match de football
Celui qui attend une révolution sociale « pure », ne vivra jamais assez longtemps pour la voir.
Ce n'est que par un mouvement infime, tout d'abord, entre le Kremlin-Bicêtre et Vitry que la voiture s'est rapprochée de Kinshasa.
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Bien que les paquebots, depuis le Titanic et même auparavant, aient toujours été plus ou moins destinés à finir échoués, engloutis, torpillés, dévastés par le feu, éventrés par des icebergs ou éperonnés par leurs congénères, il était d'usage, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, d'apporter un certain soin à leur présentation.