L'histoire de la photographie a commencé par l'inerte, quand le soleil devait achever la course dans le ciel au-dessus de la propriété de Nicéphore Niépce avant que s'impriment enfin sur une plaque de métal l'étrange image de murs éclairés de tous les côtés à la fois et la silhouette noire d'un arbre fruitier figé dans la lumière.
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Mais il sait que la joie des foules n'est complexe que dans le sang et parce qu'il est photographe et que son métier exige de lui qu'il conserve la trace de tout ce qui s'est passé ici, il photographie les lynchages et les exécutions sommaires.
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A présent qu'il a porté les siens en terre, l'un après l'autre, la mission harassante qu'il a accomplie doit échoir à un autre, et il attend que sa santé toujours chancelante et inaltérable soit finalement vaincue car, dans l'ordre fixé par l'état civil, son tour est maintenant venu de marcher seul au tombeau.
Chaque monde est comme un homme, il forme un tout dans lequel il est impossible de puiser à sa guise, et c'est comme un tout qu'il faut le rejeter ou l'accepter, les feuilles et le fruit, la paille et le blé, la bassesse et le grâce
Les photographies opposaient l’impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur.
Il fallait se détourner des questions morales et politiques, gangrenées par le poison de l'actualité, et se réfugier dans les déserts arides de la métaphysique, en compagnie d'auteurs dont il était exclu qu'ils s'attirent un jour la souillure de l'intérêt journalistique.
Dans la même œuvre
La mort prématurée constitue toujours, et d'autant plus qu'elle est soudaine, un scandale aux redoutables pouvoirs de séduction.
Sur les photographies, les vivants mêmes sont transformés en cadavres parce qu'à chaque fois que se déclenche l'obturateur, la mort est déjà passée.
S'il avait pu exister une photo de la mort du Christ, elle n'aurait rien montré d'autre qu'un cadavre supplicié livré à la mort éternelle
Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.
Les photographies opposaient l’impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur.