La mort prématurée constitue toujours, et d'autant plus qu'elle est soudaine, un scandale aux redoutables pouvoirs de séduction.

À lire aussi de Jérôme Ferrari

Si l'amour du prochain était chose aisée, il le sait bien, le Christ n'aurait certes pas pris la peine d'en faire le premier des devoirs
Les effets du poison de la vérité sont d'abord douloureux, on songe avec nostalgie à la douceur perdue des rêves d'avenir qu'on ne fera plus jamais, aux délices du mensonge et de l'illusion dont on ne supporte plus la puanteur après s'être si longuement enivré de leur parfum délicat, aux promesses d'amour auxquelles on ne peut plus croire, mais quelques mois plus tard, quand le poison a desséché jusqu'à la racine de la vie, il n'y a plus de nostalgie, plus de souffrance, seulement l'incomparable quiétude du désespoir.
On essaye de comprendre les choses à partir de sa propre expérience parce que c'est tout ce dont on dispose et c'est, bien sûr, très insuffisant, on ne comprend rien, ou on comprend de travers, ou seulement l'inessentiel, mais quelle importance ?
Aucune photo, aucun article n'a jamais jusqu'ici provoqué aucun choc si ce n'est peut-être le choc inutile et éphémère de l'horreur et de la compassion Les gens ne veulent pas voir ça et s'ils le voient, ils préfèrent l'oublier.
Dans les listes bibliographiques comme sur les monuments aux morts, les noms finissent par se transformer en mensonges qui dissimulent ce qu'ils devraient désigner.
Toutes les citations de Jérôme Ferrari →

Dans la même œuvre

Sur les photographies, les vivants mêmes sont transformés en cadavres parce qu'à chaque fois que se déclenche l'obturateur, la mort est déjà passée.
S'il avait pu exister une photo de la mort du Christ, elle n'aurait rien montré d'autre qu'un cadavre supplicié livré à la mort éternelle
Oui, les images sont une porte ouverte sur l’éternité. Mais la photographie ne dit rien de l’éternité, elle se complaît dans l’éphémère, atteste de l’irréversible et renvoie tout au néant.
Les photographies opposaient l’impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur.
Mais il sait que la joie des foules n'est complexe que dans le sang et parce qu'il est photographe et que son métier exige de lui qu'il conserve la trace de tout ce qui s'est passé ici, il photographie les lynchages et les exécutions sommaires.