Les accompagnants ne sont pas des machines. On essaie de faire le maximum pour chaque donneur, et au bout du compte on s'use. On ne dispose pas d'une patience ni d'une énergie illimitées. Et, bien sûr, quand on en a l'occasion, on préfère s'occuper de ses pairs. C'est naturel. Jamais je n'aurais pu tenir tout ce temps si j'avais cessé de compatir aux souffrances de mes donneurs à chaque étape du processus.

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C'est bizarre la façon dont le monde oublie les gens et les évènements de la veille ou de l'avant veille. C'est comme une maladie qui nous atteint tous.
Il est si rare de nos jours de rencontrer quelqu'un qui ne soit pas contaminé par l'amertume et le cynisme de l'époque.
Je n’ai jamais connu aucun peintre capable de faire un autoportrait absolument véridique ; quelle que soit l’exactitude avec laquelle on reproduit les détails que vous renvoie le miroir, la personnalité représentée approche rarement de la vérité que d’autres, en revanche, verraient.
N'est-il pas consolant - voire, profondément satisfaisant - de pouvoir se dire, en repensant à sa propre vie, que si l'on a échoué, c'est uniquement là où les autres n'ont pas eu le courage ou la volonté de tenter ?
Mais, là encore, je me demande si ce que nous éprouvons aujourd'hui au fond de notre coeur ne ressemble pas à ces gouttes qui dégringolent des feuillages gorgés d'eau au-dessus de nos têtes, alors que la pluie a cessé depuis longtemps. Je me demande si, sans nos souvenirs, notre amour est destiné à s'estomper et à mourir.
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Dans la même œuvre

Quelquefois je suis si absorbée par ma propre compagnie que, si je rencontre inopinément une personne de connaissance, c'est un peu un choc et il me faut un moment pour m'adapter.
Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l'eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s'accrochent aussi fort qu'ils peuvent, mais à la fin c'est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté.
Il y a quelques jours je parlais à l'un de mes donneurs qui se plaignait que les souvenirs, même les plus précieux s'estompent à une rapidité surprenante. Mais je ne suis pas d'accord avec ça. Les souvenirs auxquels je tiens le plus, je ne les vois jamais s'estomper.
Je lui jetai un regard sur ce lit d'hôpital, sous la lumière terne, et je reconnus sur son visage l'expression que j'avais déjà vue assez souvent chez les donneurs. C'était comme si elle voulait que ses propres yeux voient à l’intérieur d'elle-même, afin d'y patrouiller et de circonscrire d'autant mieux les zones de douleur de son corps.
Je songe à ma pile de vieux livres de poche aux pages tremblotantes, comme si elles avaient autrefois fait partie de la mer.