Le néant est un mot qu'on n'emploie plus volontiers et que j'avais utilisé dans trop d'articles pour avoir lu trop de poésies, ou les avoir lues trop mal, un de ces mots qui a gonflé dans les consciences en vieillissant comme un cadavre dans l'eau, gonflé et puis crevé.

À lire aussi de Philippe Lançon

Je voulais écrire une histoire « réelle », mais je ne crois pas à la séparation entre réalité et fiction. Je ne crois qu’à la fiction. Je crois à sa bonne foi, à sa mauvaise foi, à ses clartés, à ses obscurités, à tout ce qu’on veut du moment qu’on s’y soumet.
Je ne supporte pas plus les discours anti-musulmans que les discours pro-musulmans. Le problème, ce ne sont pas les musulmans, ce sont les discours : qu'ils foutent la paix aux musulmans !
Dans la ville dont le prince est un enfant, l'enfant est presque toujours tyrannique et ingrat.
Vivre dans les phrases n’était pas drôle, vivre en dehors devait l’être encore moins, en parler avec qui les avait lues ne l’était plus du tout. Il y avait dans l’artisanat littéraire quelque chose d’indispensable et d’inutile. Peut-être devenait-il un art quand le ridicule d’écrire se transformait en acte discrètement tragique.
Je préfère les ténèbres grises de la normalité. Leur familiarité m’inquiète. J’aime leur tiédeur et l’angoisse épouvantablement discrète qu’elles diffusent. C’est le bain dans lequel je peux jouer à Archimède, me détendre, me noyer. Il m’arrive de remonter en surface – mais pourquoi ? J’écris en flottant.
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Dans la même œuvre

écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même, quand bien même ne parlerait-on de rien d'autre que de soi.
Etais-je, à cet instant, un survivant ? Un revenant ? Où étaient la mort, la vie ? Que restait-il de moi ? Je ne pensais pas ces questions de l'extérieur, comme des sujets de dissertation. Je les vivais. Elles étaient là, par terre, autour de moi et en moi, concrètes comme un éclat de bois ou un trou dans le parquet, vagues comme un mal non identifié, elles me saturaient et je ne savais qu'en faire. Je ne le sais toujours pas…
Je parlais aux morts bien plus qu'aux vivants puisqu'en ces jours-là, je me sentais proche des premiers, et même un peu plus que proche : j'étais l'un d'eux
J'étais devenu ce que Pascal aurait appelé un demi-habile: assez informé pour être un patient impatient et méfiant, pas assez informé pour percevoir la nature des obstacles et la lenteur des résolutions. Le peu que je savais accentuait ma solitude. Il arrive toujours un moment où le patient devient son meilleur ennemi.
On n'échappe pas à l'enfer dans lequel on est, on ne le détruit pas.